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Pourquoi je n’ai plus foi en les Femen

Par ovidie le 8 mars 2013 Commentaires

Des militantes Femen à Notre-Dame de Paris ( Michel Euler/AP/SIPA)

En cette période d’engouement médiatique mammaire, je ne sais s’il est vraiment de bon ton de jouer les pisse-froid. J’ai regardé le documentaire de Caroline Fourest, Nos seins nos armes, diffusé sur France 2. Outre le fait qu’il soit techniquement plutôt réussi et très bien monté, il m’a surtout permis de comprendre pourquoi, depuis plusieurs mois, les Femen me dérangent sur bien des aspects.

« Fuck God »

J’ai été consternée voire terrifiée lorsque, il y a quelques mois, les premières images des Femen frappées par des membres du cortège de Civitas ont commencé à circuler sur la toile. J’ai éprouvé de la sympathie pour elles, je les ai trouvées courageuses. Je me rappelle avoir fait circuler ces images, ce qui m’avait d’ailleurs valu une suspension temporaire de mon compte Facebook.

Mais, j’avoue avoir également ressenti un grand sentiment de malaise en regardant Inna Schevchenko tronçonner la croix de Kiev. Ce qui est curieux lorsque on regarde le documentaire, c’est que ce jour-là, cette jeune femme a déclaré la guerre aux chrétiens, sans même réellement en avoir conscience. Telle une ado qui ne semble pas comprendre ce qu’on lui reproche, elle raconte presque avec surprise et injustice que les autorités ont voulu l’interpeller chez elle.

J’admets avoir été navrée le jour où les Femen ont renouvelé, cette fois en France, leur opération coup de poing, à Notre dame. Elles souhaitaient devenir, à l’instar des Pussy Riot, des héroïnes des temps modernes. Mais ce qu’elles ont oublié, c’est que si les Pussy Riot ont attiré la sympathie des médias internationaux c’est avant tout parce que la peine à laquelle elles ont été condamnées était disproportionnée. Les Femen, en sortant de Notre Dame, ont mollement été interpelées.

« Là où la religion commence, la liberté s’achève » affirment-elles. Une réflexion digne d’une copie de Terminale L, mais pas de leadeuses d’un mouvement politique qui se veut international. Dire que « La religion c’est l’esclavage » relève du niveau zéro de la réflexion philosophique. Ce n’est pas la religion qui est un problème, c’est son détournement à des fins politiques. Critiquer les positions politiques du clergé, ok. Perturber les croyants dans leur prière et les traiter d’esclaves, non.

« Fuck God » se peignent-elles sur le corps : A quatorze ans, ça se comprend. Au-delà, c’est inquiétant.

« Muslim get naked »

Le voile chez les musulmanes est un sujet casse-gueule où il vaut mieux bien maîtriser ses arguments avant de se permettre de l’ouvrir. Personnellement, je ne me suis jamais permis de me lancer dans cette leçon de morale néo-colonialiste vis à vis des femmes voilées. C’est un sujet que je ne maîtrise pas, alors je préfère me la boucler. Soutenir Aliaa Al Mahdy, oui. Faire la leçon, non.

Le féminisme, c’est un combat pour le respect de toutes les femmes, qu’elles choisissent de se dénuder ou qu’elles fassent le choix de se couvrir. J’ai du mal à concevoir que quatre Ukrainiennes aient suffisamment de légitimité pour prétendre vouloir révolutionner la condition des femmes musulmanes. Les féministes égyptiennes en bavent, mais elles n’ont certes pas besoin des Femen pour agir.

« Toutes les femmes du monde ont besoin de nous »

Les chevilles enflées ne font visiblement pas trop souffrir les Femen qui affirment, en toute modestie, qu’elles ont créé LE nouveau féminisme dont les femmes du monde entier avaient besoin. Inna Schevchenko est persuadée que nous l’attendions telle le Messie, et il n’est d’ailleurs pas innocent qu’elle ait posé en posture christique devant la croix de Kiev tronçonnée.

« Toutes les femmes vont nous comprendre ». Toutes ? Même les musulmanes ? Même les prostituées ? Même les femmes mariées avec enfants ? Même les vieilles, les celluliteuses, les vergéturées ? Toutes vraiment ?

Inna Schevchenko l’avoue : « Il y a trois ans, je ne connaissais rien du féminisme ». Et malheureusement cela se ressent. Le discours des Femen est flou, peu argumenté, limité à une accumulation de slogans, et surtout très peu référencé, pour ne pas dire pas du tout. Peut-être qu’en Ukraine le féminisme n’est pas au beau fixe, je veux bien le croire. Mais en France, nous pouvons nous targuer d’avoir un féminisme riche et varié.

Où sont les féministes ? Elles sont au Planning Familial. Elles font passer des lois. Elles révolutionnent la pensée en nous faisant partager leurs écrits. Elles s’interrogent à propos des études de Genre. Elles sont dans ce qu’on appellent « les quartiers ». Elles travaillent sur le terrain avec les prostituées, au lieu de les condamner. Elles aident les femmes et les accompagnent dans la grossesse et la maternité. Elles luttent, quotidiennement, de manière pragmatique et efficace.

Alors, si la nouveauté c’est le happening nu, permettez-moi de signaler que cela existe depuis les premiers mouvements de libération sexuelle, et que cela se pratique encore de nos jours lors des « Sluwalks » (Marche des Salopes). Et d’ailleurs, pourquoi les Femen sont-elles nues ou presque ? A part pour attirer les médias, on ne sait pas trop. Les « Salopes » défilent parfois dénudées durant les Slutwalks pour revendiquer le fait que le viol est intolérable pour toutes les victimes, qu’il s’agisse d’une femme habillée sexy ou non. Quid des Femen ? Défendent-elle les « Salopes » ?

La marche des salopes à Londres (Julian Makey / Rex Features )

Les Femen disent que « lorsque elles auront gagné, elles pourront faire une pause ». Mais gagné quoi ? Quel est le modèle politique qu’elles défendent ? Ça, je ne l’ai toujours pas compris.

Nos seins, notre capital

Quel serait l’engouement médiatique autour des Femen si elles avaient les seins en gants de toilette ? Il faut être d’une naïveté affolante pour imaginer que c’est uniquement par le plus grand des hasard que les Femen sont taillées comme des mannequins. Leurs seins ne sont pas leurs armes, mais plutôt leur capital, et je ne leur souhaite pas de vieillir ni de grossir. Elles luttent contre la femme objet, mais ne font que renforcer les complexes en imposant un modèle plastique de féminité.

Un militantisme hystérique

En regardant les archives d’actions revendiquées par les Femen, nous y voyons des jeunes femmes qui perpétuent le cliché de la femme hystérique qui n’est pas maîtresse d’elle-même et qui ne sait que hurler avec sa voix stridente. Demandez à des garçons de vous raconter à quoi ressemble une baston de collégiennes, ils vous décriront quelque chose d’assez proche des actions Femen. Ca braille, ça se débat, ça perd contrôle.

Pardonnez-moi Mesdemoiselles, mais ce n’est pas tout à fait l’image que je me fais des guerrières. Soit on garde son sang froid, on fixe avec son regard glacial, et on débite un discours brillant intellectuellement, comme Elisabeth Badinter, en face de qui on ne moufte pas. Soit on se la joue activistes de terrain, mais dans ce cas, au lieu de chouiner « Bouh les méchants de Civitas ils m’ont tapée », on leur balance un bon coup de pied retourné. Mais ça, ça demande de l’entraînement, ça prend du temps que l’on ne peut pas passer à parader avec les médias.

Et inutile de nous berner, la séance de pompes et de pseudo-entraînement au Lavoir Moderne que l’on peut voir dans le documentaire a été organisée après avoir convoqué la presse. Des radios et télévisions étaient présentes, et je me rappelle très bien que plusieurs reportages ont pullulé dans la foulée. Effectivement, s’il faut convoquer la presse à chaque fois qu’on fait du sport, je comprends que cela soit compliqué de progresser.

« Si je n’étais pas Femen, je serai mariée avec des enfants »

Ah oui, effectivement, c’est trop la honte d’être mariée avec enfants, et c’est la preuve d’une soumission totale au patriarcat. Il faudra alors qu’elles nous expliquent pourquoi elles sont venues se greffer à la lutte en faveur du mariage pour tous et de la PMA.

« Nous ne voulons pas être renvoyées à une image de la femme objet tout juste bonne à se marier ou à se prostituer »

Alors, on l’a compris, se marier ça craint. Mais se prostituer aussi. S’il y a un combat qui est cher aux Femen, c’est bien celui contre ce qu’elles appellent l’industrie du sexe. Dans sa voix off, Caroline Fourest parle de « l’argent facile ». Alors, Caroline, permettez-moi de vous contredire, mais être une travailleuse du sexe ne constitue pas une activité « facile », tant bien du point de vue de la nature de la prestation que du jugement social qui en découle.

La couverture des Inrocks avec les Femen (DR)

il y a tout de même une chose qui me laisse perplexe dans leur lutte acharnée contre l’industrie du sexe. Pourquoi les Femen comptent-elles dans leur équipe Ukrainienne Wiska, une ex-pornostar réputée pour ses performances poussées ? Et pourquoi des rumeurs ne cessent de circuler sur la toile à propos d’une de leur représentante française et d’une activité d’escort girl ? Seraient-elles des Marie-Madeleine repenties, venues trouver refuge auprès de la christique Inna ?

Les Femen se définissent comme des « sextremists ». Outre le fait que le jeu de mots sonne bien, j’aimerais tout de même savoir ce qu’elles entendent par-là. On connaissait déjà le « féminisme pro-sexe » ou encore le « féminisme sexe-positif », pour définir les courants de libération sexuelle féminine. Mais je doute que les Femen s’intéressent à ce type de mouvement. Je ne sais même pas si elles savent qu’il existe une lutte syndicale chez certaines prostitué(e)s.

Le féminisme, c’est revendiquer de pouvoir disposer de son corps comme on l’entend. En France, nous parvenons tant bien que mal à maintenir ce droit, bien que la prostitution demeure légalement un point sensible. Nous et nos aînées avons lutté pour avoir le droit de faire ce que nous voulons de notre sexe. Merci de ne pas nous le retirer.

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