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Les deux conseils sexo que me demandent les hommes

Par ovidie le 21 août 2013 Commentaires

(Photo : Le Dernier Tango à Paris)

Je reçois régulièrement des demandes de conseils sexo, tant de la part d’hommes que de femmes. Mais ce qui me perturbe est que les courriers de provenance masculine sont systématiquement structurés de la même manière et relèvent de fantasmes identiques. Voici les deux questions que me posent le plus souvent les hommes.

Précisons au préalable que tous les hommes qui m’écrivent ne me demandent pas nécessairement de conseils sexo. Ce qui signifie que les autres courriers que je reçois sont variés, et vont du plus intéressants (ceux qui me font part de leurs réflexions et de leurs témoignages, ceux qui n’ont strictement rien à voir avec le sexe) au plus exaspérants (ceux qui ne comprennent pas que, non, je ne souhaite pas rencontrer d’inconnu. Il n’y a pas écrit « open bar » sur mon front).

Précisons également, concernant les demandes de conseils, que je ne souhaite pas ranger tous les hommes hétérosexuels dans un seul et même panier érotique. Ce serait malhonnête, voire misandre. Cependant, je me permettrai tout de même de préciser que, d’un point de vue sociologique, ceux qui m’écrivent sont issus de tous milieux socio-culturels confondus, et surtout de tous âges. Ils peuvent être votre collègue, votre voisin, votre amant, votre père ou votre fils.

Mais ce qui m’étonne est la répétition à l’infini de la structure de cette demande de conseils, où seule varie l’orthographe :

Bonjour,

ma partenaire refuse de :

1, pratiquer la sodomie

Ou

2, me laisser éjaculer dans sa bouche

Comment puis-je la convaincre ?

Croyez-le ou non, j’ai reçu ce type de messages plusieurs centaines de fois. La première fois, on répond. Au bout de plusieurs dizaines, on s’interroge. Au bout de plusieurs centaines, on s’inquiète sincèrement.

Il n’est pas question ici de jouer les Mère La Pudeur et de condamner ces pratiques. Il n’existe pas de manière politiquement correcte de vivre sa sexualité. Mais ce qui me terrifie dans ce type de mail, outre la lourde insistance, est la pauvreté  dont il témoigne. Car la quasi totalité de ces demandes sont focalisées uniquement sur ces deux pratiques : sodomie, éjaculation faciale. Rien, absolument rien, sur le reste de la sexualité.

« Non » signifie « non », même dans le cadre d’une relation affective

Ce qui me dérange le plus dans ce type de courrier est l’idée qu’un homme puisse insister lourdement auprès de sa partenaire jusqu’à ce qu’elle finisse par accepter à contre-coeur une pratique qu’elle a déjà refusé. « Non » signifie pourtant bien « non », même dans le cadre d’une relation affective. Et ce « non », ne semble pas entendu. Sans doute ces hommes ne forcent-ils pas brutalement leur partenaire à accepter leurs fantasmes. Mais probablement s’acharnent-ils à essayer de les convaincre par tous les moyens possibles qu’il serait bénéfique (« le sperme, c’est bon pour la santé« ) voire « normal » (« avant c’était tabou mais maintenant tout le monde le fait« ) de s’y soumettre. Or, la structure de leur mail est pourtant claire : ils admettent dans leur première partie que leur partenaire refuse, et dans leur deuxième partie qu’ils vont tout de même insister. Ce n’est pas encore du viol, mais c’est un refus d’entendre un refus d’ordre sexuel, formulé en général clairement.

Quid du côté des femmes ?

A contrario, je reçois quotidiennement des demandes de conseils de la part de femmes, qui recouvrent l’ensemble des difficultés sexuelles et affectives que n’importe laquelle d’entre nous peut rencontrer dans sa vie. Cela va de la jeune maman qui a perdu confiance en son corps, à celle qui essaie de tonifier son périnée, en passant par celle qui connaît une baisse de désir ou qui, au contraire, est en plein rush hormonal. Beaucoup m’ont d’ailleurs fait des confidences qu’elles ne feraient pas à leurs copines ni à leur gynéco. Mais aucune ne m’a jamais demandé « Bonjour, mon mec refuse de me lécher, comment le convaincre ? ».
Alors pourquoi un tel décalage ?

Certains prétendront, sans doute hâtivement, que la pornographie a peut-être détraqué l’univers fantasmagorique masculin, au point de le réduire à ces deux pratiques. Mais on peut se demander qui de la poule ou de l’oeuf est à l’origine. Ces deux pratiques ont-elles été systématisées et sur-représentées parce qu’elles correspondaient à une demande de la part des spectateurs ? Ou est-ce l’offre qui a créé le besoin, et la « norme » ? Et limiter l’ensemble de l’influence qu’exerce notre environnement culturel à la pornographie ne serait-il pas simpliste ?

Augmentation des désaccords au sein des couples autour de ces pratiques

La plupart des sexologues avec qui il m’arrive de discuter témoignent d’une recrudescence de désaccords au sein des couples, en particulier à propos de la sodomie. Je ne suis donc absolument pas la seule à qui on pose ces questions.

Je n’ai pas d’explication à ce type de courrier si répétitif. La moindre explication de ma part risquerait de tomber dans une généralisation en parlant « des » hommes, alors que « la » sexualité masculine n’existe pas. Ou de tomber dans une critique trop facile de la pornographie. Je vous laisse libres de vous construire votre propre opinion. Pour ma part, je n’ai pas encore trouvé de réponse.

NB : Au moment-même où je finis d’écrire ces lignes, un nouvel hashtag qui recoupe mon interrogation, #ToiAussiSéduisCommeKamal, vient d’apparaître sur Twitter. Ce hashtag est une réaction à un article du site Séduction by Kamal. Voici ce qu’on y conseille aux hommes pour qu’ils deviennent « de grands séducteurs« .

« Appliquez-vous à aller en profondeur et à ne stopper la cadence que quand VOUS le décidez ! Elle se plaint ? Pas pour longtemps ! C’est un phénomène naturel de rejet de l’autorité, mais une fois cette barrière franchie, elle s’abandonnera à vous et vous demandera de la défoncer ».

Est-ce ce type de réponse qu’attendent les hommes qui me posent ces questions ? Probablement frappent-ils à la mauvaise porte, ce n’est pas le genre de la maison.

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