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Ma courte immersion dans le milieu du sexe rural

Par ovidie le 1 janvier 2014 1 Commentaire

Au fond de cette ruelle, à l'abri des regards, un des rares sexshops de la région

A en croire les médias, généralement parisiens, on a l’impression que tous les français se rendent dans les love-stores, que toutes les femmes ont leur sextoy plaqué or, et que tous les couples sont libertins.  Moi-même parfois je m’illusionne complètement, et imagine que le monde entier, à l’exception d’une poignée de traditionalistes, est désormais surinformé en matière de sexualité. Un petit retour aux sources dans la région dans laquelle j’ai grandi m’a rappelé que dans beaucoup de départements, niveau sexe, c’est le désert de Gobi.

Tout est parti d’une blague, ou plutôt d’un défi tué dans l’oeuf. Comme chaque année, j’ai décidé de fuir la capitale à l’approche du nouvel an pour éviter le bruit, l’euphorie à minuit, la viande saoule qui erre dans les rues, les coups de klaxons, mon jeune voisin qui met sa musique infâme à fond les ballons.  J’ai donc atterri comme à mon habitude au fin fond de l’Aquitaine où j’ai vécu une partie de ma vie, au calme. Cependant, la perspective de jouer au Uno jusqu’à minuit ne m’emballait guère.

Et c’est là que l’idée la plus moisie qui soit m’est venue à l’esprit : m’éclipser durant la soirée pour aller dans un club échangiste de campagne. Et pourtant, je vais être honnête, je ne suis pas du tout échangiste. Mais j’avais en tête une image un peu champêtre, d’un lieu tel que La Fistinière où l’on parlerait sodomie tout en mangeant des chips.

L’idée m’a amusée 24h, mais je me suis vite déballonnée. Je n’ai trouvé aucune bonne âme pour m’accompagner. Et j’ai réalisé que j’étais partie avec pour seuls vêtements un vieux jean, un pull tricoté par ma mère, et une paire de doc marten’s boueuses. Je me suis résignée à l’idée que j’étais loin de disposer d’une panoplie conforme au dress code de ce type de club où, rappelons-le, le lycra est roi et où il est interdit aux femmes de porter un pantalon (un vieux dress code bien sexiste, mais bon, passons). J’ai donc laissé tomber mon idée. Mais, par curiosité, j’ai tout de même regardé dans l’annuaire ce qu’il y avait comme établissements dans la région, et j’ai été très surprise de ne quasiment rien trouver. Des bars à hôtesses pour que ces messieurs trouvent du réconfort en solo, ça oui, il y a a plein. Mais des lieux pour couples, non. J’ai étendu ma recherche à tous les départements voisins et le constat a été identique : la bulle. Le seul établissement qui ait retenu mon attention est un club que l’on m’a conseillé parce que « son chauffage fonctionne ». Un argument de vente qui laisse perplexe.

Une absence totale de sexshops

J’ai décidé de rechercher ce que la région offrait en terme de commerces pour adultes. J’imaginais, à tort, qu’on trouvait des sexshops à proximité des gares. Que nenni ! Je me suis renseignée sur tous les lieux qui pouvaient avoir trait de près ou de loin à la sexualité. Une des rares adresses que j’ai obtenues est un marchand de journaux, le seul qui accepte de vendre des revues porno dans le coin sans prendre les clients pour des malades mentaux.

Le seul et unique sexshop que j’ai suis parvenue à trouver après avoir effectué une longue route ne vendait que des sextoys qui fleuraient bon les années 90 : godemichets en jelly à l’odeur de pétrole que plus personne n’est sensé vendre parce qu’ils regorgent de phtalates, boules de geisha dorées qui s’effritent, peu ou pas de vibromasseurs clitoridiens.

Serait-on plus coincés en milieu rural ? Non, je ne crois pas. Néanmoins, « la chose » ne doit pas s’afficher et demeurer secrète.

La crainte de la mauvaise réputation

Dans ce type de région, le système « tupper ware » fonctionne relativement bien, du moins pour ce qui ne touche pas à la sexualité. Les ventes à domicile de cosmétiques ou de lingerie ont beaucoup de succès, et on aurait pu imaginer qu’il en irait de même pour la vente de sextoys.  Je suis entrée en contact avec Amélie, une jeune femme qui s’est lancée dans cette activité en 2012, mais qui n’a tenu que quelques mois avant d’abandonner.

« Je n’ai pas trouvé de clients. J’avais pourtant fait une étude de marché, il existe une demande pour ça. Mais les gens veulent rester dans l’anonymat. Les clientes apprécient le système des réunions à domicile pour d’autres type d’articles, mais personne ne veut accueillir d’accessoires érotiques chez soi. D’ailleurs, le seul sexshop de la région n’arrive pas joindre les deux bouts, car presque personne n’ose s’y rendre. La plupart des gens passent par des boutiques en ligne, ni vu ni connu. Le problème est qu’en plus les banques refusent de nous prêter de l’argent vu la nature de notre commerce. La survie économique est donc impossible. »

Vous me rétorquerez que l’on peut parfaitement se passer de sex shops, de revues porno, et de clubs libertins, pour avoir une sexualité épanouie. Soit. Je vous l’accorde. La curiosité sexuelle ne passe pas nécessairement par une dimension marchande. Mais ce qui m’interpelle n’est pas le désintérêt pour ce genre de produits, mais cette trouille bleue d’avoir mauvaise réputation. Je me suis rappelée soudainement d’un évènement qui était survenu dans la région lorsque j’étais ado : un directeur d’établissement médico-éducatif avait été encouragé à partir parce qu’il avait été vu dans un lieu de rencontre gay. Ici, effectivement, les ragots vont bon train, et la moindre diversité sexuelle peut-être fatale.

Plus inquiétant : aucun lieu d’information

Ce tabou autour de la sexualité a d’autres conséquences. Je n’ai trouvé, par exemple, aucun moyen de me procurer de préservatifs féminins. J’ai cherché où se trouvaient les centres de planification, et je n’ai trouvé qu’un seul Planning Familial pour l’ensemble du département, et aucun dans les trois départements voisins. Ce qui signifie que la majorité des femmes de la région, et surtout des jeunes filles qui ne sont pas autonomes au niveau de leurs moyens de locomotion, n’ont pas accès à ce type de lieu d’information, ni à cette possibilité de bénéficier d’une contraception anonyme et gratuite. La sexualité des femmes ne fait pas suffisamment partie des priorités pour que des budgets  soient alloués et que d’autres centres se développent.  Quant à l’avortement… J’espère simplement que les médecins de famille sont assez réactifs pour les rediriger vers les praticiens et centres adéquats en cas de besoin.

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