PUBLICITÉ

Pourquoi la sodomie reste polémique dans les films porno

Par ovidie le 17 juin 2015 Aucun commentaire

(Photo : Jessica Van Der Veert / http://jessicavanderweert.com/)

La sodomie est un des piliers de la pornographie mainstream. Certains y voient une chute des tabous et une pratique de libération sexuelle. Faut-il y voir au contraire une nouvelle forme d’injonction ?

- On ne laisse pas tout à fait le choix aux actrices (enfin si, mais non)

Ou plutôt si, on leur laisse le choix de trouver du boulot ou pas. Personne n’oblige les actrices à pratiquer la sodomie, elles ont toujours la liberté de refuser. Répétons-le une bonne fois pour toute : personne n’est jamais forcé à tourner des films X (pro). Mais ce libre arbitre se révèle souvent assez pernicieux. La sodomie,  c’est peu le travail du dimanche pour l’employé lambda : on ne te l’impose pas, mais tu touches des compensations en plus du salaire de base, et on te fait comprendre que si tu veux un poste t’as intérêt à t’y faire. En général, lorsque une fille débute, elle refuse les scènes anales. Bien souvent elle demande également à ne tourner qu’avec préservatif, choix qu’elle finira par abandonner si elle souhaite travailler à l’étranger. Ce choix est relativement bien accepté lorsque l’actrice est encore nouvelle (beaucoup de réalisateurs estiment que la « nouveauté » est une valeur ajoutée). En revanche, à partir du moment où une actrice décide de faire de cette activité son gagne-pain principal, l’option de « choix » devient progressivement de plus en plus ambiguë. Pour décrocher plus de contrats, pour se faire un nom dans ce milieu, une fille doit élargir son panel de pratiques, et l’anal constitue un véritable basique du porno hétéro mainstream. Concrètement, une fille qui refuse la sodomie et impose le préservatif travaillera beaucoup moins qu’une autre. Elle n’aura pratiquement aucune chance d’être embauchée aux Etats-Unis ou à Prague et Budapest, qui sont les trois plus gros pôles de production dans le monde.

- Les prestations anales ne sont pas payées le même prix

Là encore on peut s’interroger sur le libre « choix » lorsque cette activité devient une profession à part entière et constitue la principale source de revenus. Une scène anale n’est pas payée le même prix qu’une scène vaginale (même dans le milieu dit « amateur », qui n’a généralement d’amateur que le nom). C’est bien signe que même pour les actrices, il ne s’agit pas d’une prestation anodine. D’une part cela implique, au niveau de l’image, de donner plus de soi-même (et donc de devoir assumer encore plus). D’autre part cela signifie que physiquement parlant, ce n’est pas tout à fait la même limonade.

- Les scènes anales ne sont pas des « cascades » anodines

Les scènes anales nécessitent une préparation. Il y a une minorité d’actrices qui ont suffisamment « d’expérience » pour se passer de grande préparation spécifique et pour qui une scène anale n’est pas une prestation compliquée. J’en ai rencontrées, elles existent, et vivent très bien ce type d’expérience (Il n’y a qu’à regarder les scènes de Tiffany Doll, de Katsuni, ou de Nikita Bellucci pour se rendre compte qu’elles sont (ou ont été) parfaitement à l’aise et dans un total contrôle de leur corps). J’en ai rencontrées aussi qui détestaient cela au-début de leur carrière, et qui ont fini au bout de plusieurs années par en faire une spécialité. Et puis il y a toutes les autres, pour qui c’est LE sale moment du tournage. J’ai rencontré énormément d’actrices qui n’avaient jamais eu (ou presque jamais) d’expérience anale avant de faire ce métier et qui, au bout de quelques semaines, se retrouvaient déjà en train de faire une double-pénétration. La préparation passe généralement par un lavement avec de l’eau ou, plus rarement, par un produit laxatif (du type microlax, suppositoire glycériné…), ou au contraire par une prise en amont d’Immodium. Quelques filles m’ont dit sauter cette étape, mais elles ne sont pas majoritaires. C’est peu ragoûtant présenté comme cela, mais c’est pourtant la réalité. On a l’impression dans les scènes porno que tout est improvisé et que tout va comme sur des roulettes, mais c’est comme pour une cascade, cela demande de l’échauffement. Et d’ailleurs en parlant d’échauffement, il y a celles qui n’ont besoin que de quelques instants de préparation hors-caméra avec la collaboration de l’acteur, et il y a celles qui se « dilatent » seules planquées dans la salle de bain. Et face à la sensation qui peut se transformer en douleur, les actrices ne sont pas toutes égales. Il y a celles qui parviennent à se décontracter sans grande difficulté, et il y a toutes celles qui morflent et/ou qui ne sont pas à l’aise avec l’image que leur renvoie cette pratique. Dans les cas extrêmes, il peut y avoir des saignements et des déchirures. C’est rare, mais cela arrive. Une pratique anale, lorsque elle se déroule dans l’intimité entre deux individus excités sexuellement et préparés correctement, ne représente aucun risque. En revanche, lorsque cela se produit sur un plateau de tournage qui n’est généralement pas un lieu excitant et où le feeling ne passe pas forcément, il est nécessaire pour l’actrice de se concentrer et de « forcer » un peu le passage à l’aide de lubrifiant, et c’est là où cela peut être dangereux. Et je ne vous parle même pas de tous les nombreux « accidents » de propreté qui, eux, concernent aussi bien les débutantes que les expérimentées. Bien des actrices ont eu les larmes aux yeux parce qu’elles se sentaient humiliées de faire « une anale marron » en public. Il arrive parfois lors du lavement que toute l’eau mélangée aux excréments ne soit pas complètement expulsée car située trop haut dans les intestins, et qu’elle redescende au moment où on l’attend le moins. J’ai vu des réalisateurs se moquer (se rendent-ils compte comme cela peut être humiliant ?), et des acteurs, pourtant plus qu’habitués, s’en prendre aux actrices, comme si elles y pouvaient quelque chose. Même si en général sur un tournage, tout le monde reste discret et relativement bienveillant lorsque cela arrive.

- Les hommes n’ont bizarrement pas d’anus

On pourrait se dire que c’est super, on brise les tabous, on dédiabolise les pratiques anales, limite on oeuvre pour la libération sexuelle. Ouais, ouais. Ce serait vrai si la sodomie n’était pas toujours présentée comme une pratique rabaissante et de soumission. Il n’y a qu’à jeter un oeil aux tags et présentations de vidéos sur les sites du type « cette grosse chiennasse se fait enculer », « cette salope se fait défoncer » et encore je ne vous cite que le plus soft. Normalement c’est une pratique que l’on est sensé intégrer dans ses ébats pour avoir plus de plaisir, non ? Alors si c’est une pratique de plaisir, pourquoi cela est-il présenté comme une humiliation ? Pourquoi ce qui est sensé nous faire jouir se transforme en insulte ? Le problème est la perspective qu’une pratique de plaisir puisse se transformer progressivement en nouvelle forme d’injonction. Il n’y a qu’à voir le nombre d’articles qui pullulent sur le net du genre « Comment convaincre sa copine de pratiquer la sodomie ? » (déjà, s’il y a besoin de la « convaincre » c’est qu’à la base elle n’est pas d’accord, et ça part mal. Très mal). Je n’ai pas de problème avec le fait que l’on représente la sodomie à l’écran. En revanche j’ai un problème avec le fait que cela soit quasi systématique et toujours dans le même sens. C’est marrant, les hommes ont un anus aussi, mais dans le porno mainstream ils ne l’utilisent jamais. Je n’ai malheureusement pratiquement jamais rencontré d’acteur hétéro qui accepte de pratiquer l’anal sur son propre corps. Sur les tournages, il n’est pas rare d’entendre des techniciens ou réalisateurs plaisanter avec des acteurs en leur demandant s’ils ont fait leur lavement (sous-entendu : haha ce serait trop la honte si tu te faisais pénétrer, tu serais rabaissé au même niveau que les femmes). J’ai même déjà rencontré des (rares) actrices qui refusaient de travailler avec des acteurs qui tournaient dans des films bisexuels. Parfois les gens les plus « libérés » en apparence ne font que reproduire des schémas vieux comme le monde.

Dans la catégorie: Non classé, féminisme, pornographie