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Pour en finir avec la maltraitance gynécologique

Par ovidie le 29 septembre 2015 Aucun commentaire

« Tout au long de leur vie, les femmes livrent leur corps à des gynécologues pas toujours respectueux et parfois méprisants. En gynécologie et obstétrique la maltraitance médicale est une réalité que les femmes taisent, car elle reste perçue comme inhérente à la condition féminine. Mais depuis quelques temps sur internet et dans la presse les femmes se sont mises à parler. » Quelques mois après la révélation sur les réseaux sociaux de la pratique des touchers vaginaux réalisés à l’insu de patientes endormies au bloc opératoire, France Culture diffuse un documentaire réalisé par Mélanie Déchalotte et François Teste sur la maltraitance gynécologique.

Il y a quelques jours était publié sur ce blog un entretien de « l’alter-gynéco  » DocteurE Caroline Duchesne qui encourage les femmes à pratiquer des auto-examens à l’aide spéculums en plastique. Je vous invite aujourd’hui à écouter ce très intéressant documentaire sonore diffusé par France Culture. Car si nous voyons depuis quelques temps se développer des démarches telles que l’alter-gynécologie, ou si nous voyons éclater sur Twitter des hashtags tels que #PayeTonUtérus, c’est qu’il y a prise de conscience d’un problème.

Paternalisme, absence de consentement, humiliations

Mais qu’entend-t-on exactement par « maltraitance » ? Pour le médecin et essayiste Martin Winckler « la maltraitance commence avec le paternalisme. Ca consiste d’abord pour le médecin à penser qu’il est supérieur à la personne dont il s’occupe qu’il lui fait une faveur en le recevant, et que c’est à lui de lui dire comment il doit mener sa vie (…) La maltraitance se manifeste par la supériorité affichée, par le mépris, l’humiliation et les mensonges. c’est quelque chose qui est très fréquent dans le monde médical français parce que les médecins français sont formés pour penser qu’ils font partie d’une caste, que ce sont des êtres supérieurs. » Le problème viendrait donc de leur formation. En somme, s’ils sont maltraitants parce qu’on leur aurait appris à faire comme cela. « Le problème c’est qu’en médecine on n’apprend pas le respect. On apprend à faire, on apprend à imposer des gestes, on apprend à présumer que si le patient entre à l’hôpital par exemple, il autorise absolument tout ce qu’on va lui faire. Ben non, on doit s’assurer que le patient est consentant« .

« Consentant », le mot est lâché. Car c’est finalement là, c’est-à-dire dans la notion de consentement, que réside probablement toute la clé. Sur son Tumblr Je n’ai pas consenti, Anne-Charlotte Husson recueille et publie les témoignages de patientes traumatisées : « Il y a deux sujets qui reviennent énormément. Il y a plusieurs témoignages qui portent sur le premier rendez-vous chez le gynécologue et le traumatisme que cela peut représenter (…) L’autre sujet qui revient énormément c’est la grossesse, et surtout l’accouchement. Il y a beaucoup de témoignages qui parlent de « boucherie, d’accouchement sanglant, d’accouchement volé…« .

Pour Clara de Bort, directrice d’hôpital directrice d’hôpital et spécialiste des questions de violences en milieu de santé, on ne peut ignorer la portée hautement symbolique de la sphère génitale : « Je ne pense pas que les gynécologues soient plus maltraitants que les orthopédistes. Sauf qu’on ne s’adresse pas tout à fait  aux mêmes organes et que ces organes n’ont pas le même poids symbolique. Et là il y a aussi il y a un débat de fond qui est intéressant : est-ce que le bon soin c’est de banaliser la sphère gynécologique et de considérer que c’est un organe comme un autre ? Ou est-ce que il faut prendre en compte la particularité de ces organes-là et la sphère intime de ces organes-là qui doit donc justifier un tact d’autant plus important ? Peut-être que cette spécificité n’est pas complètement comprise ou apprise, ou qu’elle se perd je ne sais pas au fur et à mesure du temps. Et je pense que le corps de la femme lorsqu’elle subit un examen gynécologique n’est pas dans la même situation que le corps d’une personne qui a un lumbago et qui se fait opérer ». Des paroles qui tombent sous le sens. Prendre en compte cette dimension intime devrait être une évidence, en particulier lorsqu’une patiente a vécu des évènements traumatisants en rapport avec cette zone (viol, fausse couche, mutilation, la liste est longue).

De l’écoute, de la bienveillance, et surtout le respect du consentement. Finalement, faire disparaître le problème de la maltraitance serait aussi simple que cela. Mais quand on entend dans ce documentaire Jean Marty, président du Syndicat des gynécologues et obstétriciens de France, nier toute cette souffrance en bloc, on se dit que rien pourra jamais bouger. Quand on évoque la maltraitance, il tombe des nues : « Pour moi c’est du domaine du fantasme, soit des faits divers parce qu’il y en a un ou deux ont violé. C’est une horreur mais qui existe dans tous les domaines. La profession ressent avant tout qu’elle a accompagné l’évolution de la société qui a permis aux femmes de se libérer de toutes les contraintes à la fois de la procréation et de la sexualité. Et vraiment la maltraitance on a l’impression que ça ne nous concerne pas.« . Du fantasme, donc. Nous fantasmons notre souffrance. Ce doit être cela, notre souffrance n’est pas fondée, arrêtons de nous comporter comme des fillettes.

Il y a décidément une incompréhension, car nous ne disons pas que les gynéco sont des pervers qui s’excitent en tripatouillant des vagins toute la journée. Non, vraiment pas. Nous disons juste qu’en tant que patientes nous aimerions pouvoir être respectées et informées, et ne pas juste être envisagées comme des utérus sur pattes. Ou, en termes plus juridiques comme le rappelle la juriste et militante Marie-Hélène Lahaye, nous voulons l’application de la loi Kouchner  qui mentionne qu’ « aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment ». En particulier dans le cas des touchers vaginaux effectuées sur des patientes au bloc.

Je sais que bon nombre de médecins/gynécologues/obstétriciens ne veulent pas entendre cette souffrance mêlée de colère. Je sais qu’à leurs yeux nous ne sommes pas légitimes pour remettre en cause leur pratique, qu’ils font un métier difficile, qu’ils ont fait 10 ans d’études, qu’ils ont de l’expérience, et qu’ils trouvent insupportable qu’on vienne les perturber dans leur pratique. Oui, ils nous soignent, ils sauvent des vies, tout cela on ne le remet pas en question. Et il y a des gynéco formidables, mentionnons-le au passage. Il ne s’agit pas de tirer à boulet rouge sur l’ensemble d’une profession si nécessaire. En revanche, oui, il y a des traumatismes qui sont dus à un total manque d’empathie, à une infantilisation, parfois à un dédain de classe sociale, ou encore à des humiliations en lien avec nos choix sexuels. Ce n’est pas pour rien si des listes de médecins « tolérants » circulent dans les milieux LGBT, c’est bien le signe que cette « tolérance » ne va pas toujours de soi. Ce n’est pas pour rien non plus si de plus en plus de parturientes se tournent vers des accouchements à domicile et font souvent plus confiance à leur sage-femme qu’à leur obstétricien. Il faudrait peut-être songer à arrêter de traiter par le mépris tous ces témoignages de souffrance et en prendre acte, une bonne fois pour toutes.

Dans la catégorie: féminisme, insolite