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Être sexe-positive, ce n’est pas forcément la fête du slip

Par ovidie le 22 octobre 2015 Aucun commentaire

En général, les femmes qui affichent une trop grande liberté sexuelle sont menées au bûcher de la stigmatisation, je ne vous apprends rien. Mais il arrive aussi que ce soit le contraire qui se produise, et qu’on juge celles qui ont une sexualité trop « plan-plan ». Pourtant, on peut se revendiquer « sexe-positive » et, au final, pratiquer le missionnaire tranquillement chez soi le samedi soir dans le cadre d’un gentil petit couple monogame. Voire ne rien pratiquer du tout. Si, si, c’est possible.

On peut être sexe-positive sans que ce soit open bar

Sur ce point j’ai remarqué qu’il y avait souvent un énorme malentendu. On peut être sexe-positive et ne pas passer sa journée en porte-jarretelles en attendant le prochain. Ce n’est pas parce qu’on revendique une certaine liberté qu’on autorise tous les crevards à venir nous harceler. Faire ce que l’on veut de son corps, cela ne veut pas dire être disponible. C’est choisir, et dans l’immense majorité des cas, c’est dire « NON ». Être sexe-positive, c’est avoir le droit de décider, et non subir.

On peut être sexe-positive et pratiquer le missionnaire

Le journaliste Bobby Box a demandé à 11 pornstars (hétérosexuelles) quelle était leur position sexuelle préférée, et le résultat est intéressant car très éloigné des clichés. La position préférée des pornstars est… le missionnaire. Oui, le bête missionnaire, les yeux dans les yeux. Je me rappelle d’une discussion un jour avec la superstar Stoya qui m’avait dit le plus sérieusement du monde « moi, quand je suis chez moi, je m’allonge à plat ventre et il ne faut surtout pas me demander d’en faire plus« . On peut donc être tout à fait à l’aise avec son corps, ne pas avoir de blocages particuliers, avoir testé un maximum de pratiques, se sentir parfaitement libre, et en fin de compte revenir aux basiques. On rappellera aussi que les positions que l’on peut observer dans les films sont choisies parce qu’elles sont visuelles, et non parce qu’elles apportent du plaisir. Je pense que très peu de pornstars sur cette planète s’amusent à faire des « face-caméra » quand elles rentrent chez elles.

On peut être sexe-positive sans mettre de sexualité dans les relations du quotidien

Je me rappelle d’un jour où j’avais donné rendez-vous à quelqu’un à proximité de chez moi. Je lui ai proposé de monter boire un thé et il a pris un air gêné. Ce n’est qu’après que j’ai percuté : à partir du moment où on affiche une certaine liberté, beaucoup de gens mettent de la sexualité là où nous n’en mettons pas. Cela va de ceux qui imaginent qu’ils ont « une touche » juste parce qu’on leur adresse la parole poliment et qui adoptent des attitudes soudainement inappropriées (deviennent collants), à ceux qui nous fuient parce qu’ils pensent que prendre un thé avec les amènera nécessairement à se déshabiller. On peut pourtant être sexe-positive et ne mettre absolument aucune sexualité dans la quasi-totalité des relations que l’on a au quotidien. Parce que justement, en général, à partir du moment où on s’est libérés d’un certains nombre d’interdits, la sexualité devient moins obsédante que pour ceux qui la vivent comme une transgression.

On peut être sexe-positive et faire des choix amoureux « classiques »

On peut être sexe-positive, en couple, monogame, et très heureuse ainsi (qu’il s’agisse d’un couple hétéro ou non, car c’est pareil, c’est pas parce qu’on est en couple avec une autre femme que c’est forcément la fête du slip non plus). Être sexe-positive, c’est accepter l’idée que d’autres personnes puissent faire d’autres choix, être poly-amoureuses, non-exclusives, pansexuelles, et trouver ça très bien. C’est tolérer, d’une part, et éventuellement ne pas se l’interdire, d’autre part. Mais cela n’oblige absolument pas à balancer aux ordures le schéma classique du couple si jusqu’à présent celui-ci nous convient (et convient à notre partenaire). Je sais qu’on n’arrête pas de nous répéter que « la monogamie ce n’est pas naturel« , que les bonobos et les chimpanzées passent leur temps à se grimper, comme si nos choix devaient se faire en fonction de ce qui est sensé être « naturel »… Je sais aussi que le couple tel qu’on le connait est majoritairement une invention sociale… Je sais aussi que tout cela, ce n’est pas très « swag ». Sauf qu’il y a des tas de gens qui se sentent bien ainsi, et que, de la même manière qu’on n’a pas à juger des personnes qui font le choix -mutuellement consenti- de la non-exclusivité, on n’a pas à considérer les personnes monogames comme les dernières des has been ou pire comme « des opprimées inconscientes de se conformer aux schémas dominants » (je l’ai déjà entendu). J’ai même rencontré des personnes anciennement poly-amoureuses devenues exclusives (sans être pour autant repenties) et qui étaient très heureuses de cette situation. S’il y a des personnes qui ont envie de la même chatte ou de la même bite durant 30 ans, et bien, quelque part, tant mieux pour elles.

On peut être sexe-positive et avoir des hauts et des bas

Encore une fois, être sexe-positive, c’est choisir. Choisir de baiser avec frénésie, puis de traverser le désert, pourquoi pas. Dans cet article, 24 femmes sexe-positives expliquent pourquoi à certains moments de leur vie elles ont préféré ne pas avoir de rapports sexuels, et les raisons sont multiples : rupture douloureuse, problèmes médicaux, besoin de faire le point, envie d’attendre de rencontrer le/la partenaire adéquat(e)… Être sexe-positive, c’est aussi accepter de ne pas être à bloc en permanence, de se délivrer aussi de toutes les injonctions de performance dont nous sommes bombardées. On peut tout à fait préférer parfois se promener en forêt, manger des chips, ou regarder un film avec Christian Bale plutôt que de se retrouver les quatre fers en l’air. Il peut même  arriver que l’on « sublime » et qu’on investisse toute notre sexualité dans un objectif absolument pas sexuel (la création artistique en est un parfait exemple).

Dans la même idée et pour finir, on peut même être sexe-positive et être asexuelle

Le féminisme pro-sexe, c’est la liberté de disposer de son corps comme on le veut, dans le cadre du respect de l’autre et de rapports consentis, sans avoir à être jugée moralement ni être stigmatisée pour ses choix sexuels. C’est faire l’amour avec qui on veut, quand on veut. Mais c’est aussi la liberté de ne pas faire l’amour, du tout. La liberté, c’est le choix. Le féminisme, c’est aussi pouvoir baiser ou ne pas baiser, sans jamais être jugée.

Dans la catégorie: Non classé, féminisme, sexo