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J’ai assisté aux Awards du porno allemand (et c’était triste)

Par ovidie le 29 octobre 2015 Aucun commentaire

Photo : Twitter @LulluGun

C’est un peu par hasard que je me suis retrouvée à la cérémonie des Venus Awards, cela faisait des années que je n’avais pas mis les pieds dans ce type d’évènement. Le 15 octobre dernier, alors que je faisais un reportage sur le salon de l’érotisme qui se déroule chaque année dans le parc des expositions ouest-berlinois,  j’ai découvert que la fête avait lieu le soir-même. J’ai donc sauté sur l’occasion, et c’est avec ma petite accréditation presse que je me suis installée au fond de la salle et que j’ai observé ce qui semble être un milieu en déclin. Et j’ai trouvé cela assez triste.

Il y a encore une dizaine d’années, cette cérémonie était prestigieuse, peut-être même la plus importante en Europe. Les Hot d’Or ayant cessé à Cannes en 2001, tous les professionnels s’y étaient rabattus et y faisaient affaire. À cette époque, les actrices remportaient des awards qui avaient encore suffisamment de signification pour leur permettre d’augmenter leurs tarifs et enchainer quelques couvertures. Aujourd’hui, plus personne ne semble prendre la peine de faire le déplacement. Même certaines stars comme Jessie Volt ou encore l’iconique réalisateur Mario Salieri ont été aperçues sur le salon en journée mais n’ont semble-t-il pas daigné s’y rendre. Quant à moi, perdue au milieu de tout cela, j’espérais croiser quelques vieux camarades, mais disons-le clairement, je ne connaissais personne.

Sur le tapis rouge à l’entrée, de parfaits inconnus ont défilé, posant pour quelques photographes, devant une limousine-Hummer rose du meilleur goût. Un bref coup d’oeil sur les nominations m’a permis de me rendre compte qu’aucun nom célèbre ne figurait sur la liste. Un constat qui confirme ce que l’on redoutait depuis maintenant plusieurs années : ce secteur ne compte (presque) plus de stars. Le consommateur qui s’est tourné vers les plateformes gratuites recherche des tags, des mots-clés, des pratiques, mais presque plus de nom. Tout est tellement dépersonnalisé, on ne sait plus comment se nomment les actrices sur l’écran, peu importe qu’elles soient connues ou non, puisqu’on les classera par particularité anatomique ou par pratique.

Photo : Twitter @MeliDeluxe, sacrée Cam Girl de l'année

Quant à l’intérêt porté autrefois à la réalisation, autant vous dire qu’il a complètement volé en éclat. Le symptôme le plus flagrant de la mutation de ce milieu est probablement le radical changement de nominations : il y a encore quelques années, les principales catégories concernaient les productions. On trouvait les classiques « meilleur acteur », « meilleure actrice », « meilleur réalisateur » et même « meilleure jaquette » (oui ça c’était il y a longtemps, il n’y a aujourd’hui plus de jaquette)… Cette année aux Venus les choses ont quelque peu changé : on a remis un prix à la meilleure « cam girl » de l’année, prouvant le remplacement du porno par la prestation en direct via webcam. Une catégorie qui en dit en réalité bien long sur une industrie pour adultes « à l’ancienne » qui n’a pas survécu à internet. On paie pour du contact direct, mais plus pour du film.

Et si on ne paie aujourd’hui plus pour du porno, on continue encore néanmoins à acheter des sextoys et autres produits dérivés. D’ailleurs, il était intéressant de constater que sur le salon lui-même, les stands de sextoys étaient amplement plus nombreux que les stands porno stricto sensu (contrairement à ce que nous montre le reportage ci-dessous qui tend à faire croire que le salon débordait de pornstars. Je vous mets au défi d’en reconnaître ne serait-ce que deux ou trois parmi toutes celles filmées. Si vous y arrivez du premier coup et sans tricher, je vous paie des frites). À l’exception de quelques actrices signant des autographes et vendant directement leurs propres productions, je n’ai aperçu en tout et pour tout qu’un seul et unique stand de dvd, plutôt miteux, entouré de pancartes écrites à la main.

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Durant la cérémonie on a remis un award à un distributeur d’une paire de fesses en silicone qui twerkent, on a félicité des concepteurs d’hypnose érotique, on a récompensé le meilleur réseau de sites payants, on a applaudit le meilleur gang-bang de l’année, et, ah oui tout de même, on a remis un prix du jury de la « best pornstar of the year » à Lullu Gun, une jeune femme inconnue au bataillon qui pleurait d’émotion sur scène, ainsi que celui de la « best erotic actress international » à Anike Ekina qui ne devait pas être suffisamment internationale puisque je n’en avais jamais entendu parler non plus. Autant vous dire que je suis partie avant la fin.

Dans la catégorie: Non classé, pornographie