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Faut-il envoyer son menu avant toute relation sexuelle ?

Par ovidie le 15 décembre 2015 Aucun commentaire

L’idée est tellement brillante que j’enrage de ne l’avoir jamais eue. Audrey Moore, une travailleuse du sexe et contributrice du site britannique Refinery 29, propose d’envoyer son « sex menu » à chaque personne avec qui elle envisage d’avoir un rapport sexuel (non-rémunéré). Et à y bien regarder, c’est probablement le meilleur conseil que l’on puisse donner à quelqu’un qui se rend à un premier rencard.

Soyons honnête, les premières fois sont souvent laborieuses. Autant il est facile de « matcher » sur Tinder avec un/une inconnu(e), autant il est moins évident que cela « matche » au lit. Que celle qui n’a jamais trouvé le temps long me jette la première pierre. D’où l’intérêt d’envoyer son « sex menu », ou plutôt son mode d’emploi, sa liste des « j’aime »/ « j’aime pas ». Exercice tue-l’amour me direz-vous ? Point du tout. Lorsqu’on lui demande si tout cela n’est pas un peu embarrassant, l’auteure du texte Audrey Moore répond ainsi :

« La première fois que j’ai envoyé mon menu j’étais un peu nerveuse, mais maintenant je trouve que cela fait office de préliminaires. Le message sous-jacent étant « Regarde tout le fun que l’on pourrait avoir ensemble ! » et cela envoie le signal au partenaire potentiel que pour moi avoir du plaisir est une priorité. »

Concrètement, on peut rédiger son « menu » en commençant par faire par trois colonnes : « Ce que j’aime », « Ce que je n’aime pas », « Ce que je serais curieuse d’essayer ». C’est simple, clair, et précis. On peut remplir son tableau de chose finalement assez basiques, du type « j’aime qu’on m’embrasse dans le cou », « je ne supporte pas qu’on me touche les pieds »… Et ajouter des choses très précises sur les pratiques, fantasmes, curiosités. Cela peut sincèrement éviter les situations de malaise. J’ai eu une copine qui aimait qu’on lui pince les seins, une autre qui avait mal dès qu’on les effleurait. J’ai parlé avec des filles qui aimaient prendre des gifles. Moi personnellement celui qui s’aventure à cela risque se fait arracher la tête. Bon. D’où la nécessité de communiquer AVANT.

Et pourquoi partager son menu spécifiquement avant ?

Parce qu’une fois qu’on est lancé, on n’ose souvent pas interrompre l’autre en pleine action (alors qu’il/elle est parfois plein(e) de bonnes intentions) pour lui balancer à la poire « Attends, ça va pas du tout !« . Résultat la plupart du temps on ne dit rien, on a peur de vexer, on fait comme si de rien n’était alors que dans l’absolu on ne devrait pas poursuivre un rapport qui ne nous convient pas. Mieux vaut donc en parler avant et être en route pour un rapport plaisant plutôt que se retrouver dans une sale situation où on s’ennuie (ou pire, où on a mal) et ne pas oser le dire.

À faire également pour soi-même

Se lancer dans ce type de rédaction peut être instructif, même si on ne compte pas nécessairement partager son tableau avec qui que ce soit dans l’immédiat. Cela permet de nous rendre compte noir sur blanc qu’il peut arriver que nous faisions des choses dont nous n’avons pas spécialement envie et a contrario que nous mettions un mouchoir sur ce qui nous plait. Un rapide coup d’oeil permet de savoir de quel côté penche la balance : du côté du plaisir ou du côté des concessions ?

À rédiger même si on est déjà en couple

C’est drôle, si vous posez la question aux personnes qui sont en couple, la plupart vous soutiendront mordicus qu’en matière de sexualité la communication est au beau fixe, que chacun connaît l’autre par coeur et maîtrise parfaitement son « mode d’emploi ». Sauf qu’après avoir discuté avec un paquet d’amies, il suffit d’une seule aventure avec une personne qui leur fait des trucs que pépère à la maison ne leur fait jamais pour que tout à coup ce soit Hiroshima dans leur tête et qu’elles songent à cramer la baraque. C’est bien la preuve qu’être en couple depuis des années ne garantit nullement une bonne connaissance de l’autre. On se retrouve parfois à faire des choses depuis des années en imaginant que cela fait plaisir alors que pas du tout.

Consumérisme de la relation dites-vous ?

J’entends déjà les voix s’élever contre une approche consumériste de la relation où on passerait commande et ne considèrerait l’autre non plus comme un individu mais comme un prestataire de services. Je vous arrête tout de suite car c’est justement de l’inverse dont il s’agit. L’auteure du texte sus-cité, en tant que travailleuse du sexe, sait justement de quoi elle parle :

« En tant que travailleuse du sexe, 99% des relations que j’ai au travail sont centrées autour des désirs d’hommes cis-genres et hétérosexuels, donc en ce qui concerne ma vie personnelle, j’ai perdu toute patience pour les choses que je n’apprécie pas – particulièrement si je ne suis pas payée pour ça. Mais cela ne concerne pas que les travailleurs du sexe. La quasi-totalité de mes amies ont des montagnes d’histoires de cul qui n’étaient ni plaisantes, ni réellement déplaisantes, juste fades. »

À titre personnel, et même si cela fait 13 ans que je n’oeuvre plus dans les productions olé-olé, j’avoue que j’ai tendance à conserver ce type de raisonnement : je ne suis pas payée, je ne suis pas prestataire de service, alors je ne vois pas pourquoi j’accepterais une relation sexuelle qui ne me convient pas. Il y a des tas de gens formidables dont c’est le travail, je ne vois pas pourquoi je devrais me forcer à faire quoique ce soit, encore moins bénévolement.

Attention male tears

Mais qu’entends-je ? Des hommes au loin en train de lire ce texte qui s’apprêtent à me rétorquer que eux aussi parfois ils se forcent, et qu’ils sont bien malheureux, et que s’ils s’aventuraient à envoyer leur propre « sex menu » à des inconnues ils se prendraient des rafales de vent. Je vais tout de suite couper court à cet argument en citant un extrait de ce formidable texte publié sur le blog Ras-la-chatte, dans lequel l’auteure rappelle que pour une femme (hétéro) la donne est différente  :

« C’est sûr que se forcer quand on est un homme, psychologiquement c’est pas le top, mais physiquement, c’est pas vraiment pareil que quand on est une femme. Déjà parce que quand tu es une femme, la pénétration dans tes orifices, c’est un peu le b.a.-ba de ce que tu es censée offrir. Et être pénétréE, contrairement à pénétrer, ça peut faire mal. Voire très mal. (…) Alors on dit aux femmes que le sexe, c’est que du plaisir, que du désir, que du beau, de l’osmose entre deux personnes tout ça tout ça. Un orgasme, ça n’a pas de prix, sauf peut-être celui de ta mâchoire qui fait mal, de ta crampe au poignet, de ton sexe irrité, de ton anus qui va piquer pendant deux jours (…) Et quand tu t’allonges en pensant à l’Angleterre, ou à n’importe quoi d’autre, à part à ce que t’es en train de faire, t’es pas une pute, toi, au moins. Tu te fais pas payer pour ça, contrairement à « ces pauvres filles » obligées de coucher quand elles n’en ont pas envie. Toi, au moins, il n’y a qu’un seul mec avec qui tu couches quand tu n’as pas envie. Qu’un seul chiotte que tu récures. Qu’un seul gosse que tu changes. Alors là tu t’énerves, tu te dis que je te traite de pute qui bosse gratos. Et si c’était pas une insulte ? « 

L’auteure va ainsi plus loin dans la réflexion et souligne que lorsque la sexualité s’échange contre autre chose qu’elle même, elle devient un service voire un travail. Qu’il existe souvent une forme d’échange d’ordre marchand dans la relation. Qu’il s’agisse d’une relation sexuelle dite conjugale, ou d’une relation rémunérée.

En conclusion, rien ne nous oblige à rien sexuellement parlant, et quitte à rencarder quelqu’un, autant faire passer son plaisir en priorité en délimitant ses envies et ses barrières. Et cette proposition de « sex menu » de la part d’Audrey Moore me paraît être un excellent outil pour filtrer les rencontres décevantes.

Dans la catégorie: Non classé, sexo, érotisme