Parce que Jean Echenoz renoue avec une fiction très Tontons flingueurs
Après des livres brefs aux titres encore plus courts (Ravel, Courir, 14...), Jean Echenoz a donné un peu plus d'épaisseur à son nouveau roman, et il a bien fait. Il n'est plus question ici de biographies rêveuses, mais d'une vraie fiction. Constance, jeune Parisienne des beaux quartiers, est kidnappée. Trouvant son ravisseur joli garçon, elle ne se débat pas. Une rançon est demandée à son mari, le pleutre Lou Tausk, qui a fait fortune en composant un tube. Tausk ne réagit pas. Les ravisseurs, sortes de Dupont et Dupond, séquestrent Constance dans la Creuse. Où ils s'amusent bien, tous les trois. Constance ne sait pas qu'on est en train de la former pour infiltrer le pays le plus fermé du monde...

Parce que ça ridiculise encore un peu plus la Corée du Nord
Sans lever trop le voile sur cette histoire, dont les personnages portent des noms impossibles qui leur vont à merveille, disons que Jean Echenoz va finir par nous emmener dans une certaine dictature asiatique. La description de Pyongyang, ses hôtels pour des touristes inexistants, ses privilège accordés à l'élite, ses mises en scène sont si cocasses qu'on en oublierait qu'elles sont bien réelles. Alors que Kim Jong-un fait l'andouille avec ses essais nucléaires, Envoyée spéciale montre, si besoin était, l'absurdité de ce pays qui se parodie tout seul, et l'incapacité de la communauté internationale à réagir pour libérer son peuple.

Parce qu'il prouve qu'on peut faire de la bonne littérature avec la comédie
Le succès de La Septième fonction du langage, de Laurent Binet, avait ouvert une voie que ce merveilleux roman ne fait que confirmer. Celle d'une littérature française contemporaine non plus nombriliste et misérabiliste, mais drôle et intelligente, imprévisible et pétillante, écrite avec un souci constant du mot juste, qui plaira aussi bien aux lecteurs de Guillaume Musso que d'Emmanuel Carrère. On pensait ce genre de roman réservé aux Britanniques depuis P.G. Wodehouse ; Jean Echenoz lui donne un nouveau souffle français qu'on n'attendait plus.

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