En 2008, les écorchés de Gunther Von Hagen avaient provoqué un certain émoi. Du moins à Lyon et à l’Espace Madeleine, à Paris, où ils ont été exposés. La Villette avait refusé d’accueillir ces corps humains "plastinés", du nom d’une technique que le scientifique allemand a élaborée en 1977. Des polymères injectés dans les corps les rendent d’abord imputrescibles.

Ecorchés, figés dans des poses censées mettre en valeur les muscles, tendons et articulations, ces corps ont été exposés dans un but pédagogique. Or, de nombreux visiteurs n’ont pu faire abstraction des véritables êtres humains derrière ces impressionnantes sculptures de chair et d’os, et le Dr Von Hagen avait été accusé de vouloir gagner de l’argent sur une macabre mise en scène.

Des poses particulières, mais très étudiées

Depuis lors, les expositions de Von Hagen ont continué de faire le tour du monde, apportant son lot de questions éthiques et un très nombreux public. Le Discovery de Times Square, à New York, en abrite une spécialement créée pour le lieu, "Body Worlds" et ses 200 pièces organiques.

Même avec un œil curieux, on ne peut regarder les vitrines sans éprouver de drôles de sensations. Parmi les 15 corps, des danseurs de flamenco (homme et femme), un trio de joueurs de poker inspiré du film Casino Royale, un cavalier sur son cheval lui aussi plastiné, montrent le formidable agencement de notre mécanique interne. D’autres, comme cette femme enceinte de 5 mois et différents fœtus, font détourner pudiquement les yeux, car leur présence ici résulte d’un drame intime et non d’une mort naturelle.

Voir enfin à quoi on ressemble à l’intérieur

Pédagogique, l’exposition l’est sans aucun doute. Voir à quoi ressemble réellement le système nerveux, une coupe du cerveau ou l’oreille interne est assez privilégié. Voir les poumons noirs d’un fumeur enlève l’envie d’en griller une : c’est aussi le but assumé des salles qui regorgent de conseils, sinon de leçons, pour rester en bonne santé. On reconnaît là l’obsession d’un pays qui compte 36 % d’adultes obèses, tués à petit feu par le stress, les écrans et les réseaux sociaux – c’est l’autre message récurrent, entre un foie hypertrophié et une jambe sclérosée.

Dérangeantes, ces mises en scène ? Oui, si l’on pense en termes d’éthique. Voyeuristes et lucratives ? Tout dépend du point de vue. Les chercheurs doivent disséquer des corps pour prévenir et guérir les maladies. Le grand public peut légitimement avoir lui aussi le droit de mieux connaître ce qu’il porte en lui, tout en souhaitant rester entier le plus longtemps possible.

À LIRE AUSSI >> États-Unis : après le passage de "Snowzilla", la vie reprend peu à peu son cours