Vincent Duluc, Un printemps 1976, éditions Stock, 216 p., 18 euros.

Après avoir lu Le cinquième Beatles, paru en 2014, on n'avait eu qu'une envie : regarder des vidéos de George Best sur YouTube. Histoire de mettre des images sur des mots qui ne manquaient pas de clameurs de stade, de passements de jambes et de héros en rouflaquettes. Deux ans après, le nouveau livre de Vincent Duluc, Un printemps 76, nous oblige aujourd'hui à taper "Rocheteau, 1976" sur YouTube.

On tombe sur ce fameux but de la victoire contre le Dynamo Kiev en Coupe d'Europe, mais on aperçoit aussi le hors-champ, celui que Duluc saisit toujours avec justesse et sensibilité. La masse grise du public, où l'on peut très bien se fondre, ces pubs qui bordent le stade : Manufrance, chaussettes Kindy... De quoi donner une couleur très vintage à ce qui était alors le centre du monde. Du moins, pour un garçon de 14 ans.

Le match du samedi qui sauve la semaine

Vincent Duluc creuse ce qu'il avait déjà effleuré dans Le cinquième Beatles : l'adolescent qu'il était, sa passion grandissante pour le foot et les objets associés, l'ennui qui s'étire avant d'entrer enfin dans la vraie vie, les disques qu'on se force à écouter pour plaire aux filles, et qui de toute façon préféreront toujours un autre garçon.

Heureusement, il y a les Verts. Leur maillot satiné qui attire tous les regards, surtout quand c'est Dominique Rocheteau qui l'enfile. Les Verts qu'on ne voit pourtant qu'en noir et blanc sur les télés de l'époque, dans des matchs mal retransmis – quand ils le sont ! L'A.S. Saint-Etienne cristallise alors son époque, sa ville encore noircie par le charbon, ses entraîneurs et présidents croqués avec malice. Que l'on soit mineur, ouvrier ou fils de prof qui sèche un peu trop les cours, le match du samedi est bien la seule consolation de la semaine.

Un printemps 76 ne s'adresse donc pas aux supporters d'hier ou d'aujourd'hui, mais à ceux qui ont un jour été des ados, qui ont vibré pour des films, des disques et des matchs, comme s'ils y voyaient les promesses d'une glorieuse vie future. Pas mal de monde, en somme.

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