En garde. Les mousquetaires ont pris leur quartier au musée de l'Armée, à Paris, qui leur consacre la première exposition jamais organisée. L'occasion de faire enfin la part des choses entre le mythe né sous la plume d'Alexandre Dumas et l'Histoire. ''La légende est surdimensionnée par rapport à la réalité historique que nous connaissons mal. Il y a très peu de témoignages et d'images sur le vrai d'Artagnan'', raconte le commissaire d'exposition, Olivier Renaudeau.

Les mousquetaires de Dumas apparaissent, eux, le 14 mars 1844 dans le quotidien Le Siècle, dont un exemplaire est ici présenté. Durant plusieurs semaines, les lecteurs sont tenus en haleine par les aventures de l'impétueux d'Artagnan et de ses amis Athos, Porthos et Aramis. ''Cette thématique a captivé en France mais aussi à l'étranger. Alexandre Dumas est le deuxième auteur français le plus traduit après Jules Verne'', précise Olivier Renaudeau.

Des adolescents envoyés au front

Pour construire son récit, l'écrivain puise dans l'histoire de ce corps militaire créé par Louis XIII en 1622. Alors que ses deux prédécesseurs, Henri III et Henri IV, ont été assassinés, le roi de France s'entoure d'une garde rapprochée. Il munit alors ces 150 cavaliers de mousquet, un ancêtre du fusil qui donnera son nom à cette unité d'élite. Mais contrairement aux héros du roman de cape et d'épée peu soumis à la discipline militaire, ces soldats sont mis à rude épreuve.

Adolescents d'une quinzaine d'années, ils sont formés à l'équitation, l'escrime et la danse puis envoyés en première ligne dans les nombreuses batailles. Conséquence : la mortalité fleure les 40%. Le vrai d'Artagnan connaîtra d'ailleurs ce sort, mort durant le siège de Maastricht en 1673. ''Nous n'avons aucune représentation de son visage. Cela montre bien qu'il devait être un personnage secondaire même s'il gravitait dans l'entourage du roi'', raconte Olivier Renaudeau.

De Picasso au logo publicitaire

Epée à double tranchant, arquebuse et même un très étonnant pistolet à trois canons... les plus belles armes de l'époque sont ici exposées à côté d'armures dont celle de Richelieu, monstre de métal de 47 kilos à l'épreuve des balles. L'exposition est également l'occasion de découvrir l'histoire du masque de fer ou celle diplomatico-sentimentale des ferrets de la reine. Précisons au passage que les ferrets, loin des grosses pierres précieuses aperçues dans les films, sont en fait des bijoux pour lacets.

Plusieurs tableaux inspirés de cet univers ponctuent le parcours. ''Cette thématique des gentilshommes bretteurs a inspiré de nombreux artistes comme Gustave Doré, Raoul Duffy ou Picasso. Le mousquetaire fait partie de l'imagerie commune, allant jusqu'à servir aujourd'hui de logo à une enseigne de supermarché'', explique le commissaire d'exposition Olivier Renaudeau.

Grâce à de nombreuses explications – déclinées en version adulte et enfant – les visiteurs non avertis y trouveront leur compte. L'exposition se veut également ludique avec plusieurs écrans interactifs. Une borne permet ainsi de situer les principaux lieux du roman de Dumas avec trois cartes interactives de Paris en 2014, 1844 et 1622. Sur une autre, les photos des acteurs ayant incarné d'Artagnan défilent. Dans une salle, petits et grands sont même invités à enfiler un des costumes de mousquetaire, idéal pour lancer un circonstancié ''Un pour tous, tous pour un''.

Mousquetaires jusqu'au 14 juillet au musée de l'Armée, Paris VIIe. Tarifs : 8,50 euros. Gratuit pour les moins de 18 ans. Infos : 01 42 46 92 04