Pour l'Iran, Argo constitue l'attaque de trop. Sorti fin 2012, le long-métrage de Ben Affleck raconte la fuite rocambolesque de six diplomates américains après la prise d'assaut de l'ambassade des Etats-Unis à Téhéran en 1979. Déjà échaudés par le succès mondial de ce thriller très politique, les autorités iraniennes n'ont guère apprécié de voir la First Lady Michelle Obama annoncer la victoire du film en direct lors de la cérémonie des Oscars, le 24 février dernier.

Une première dans l'histoire du cinéma, vécue comme une véritable agression. Alors qu'Argo sort en France en DVD, après avoir séduit plus d'1 million de spectateurs en salles, le gouvernement iranien vient de mandater l'avocate internationale Isabelle Coutant-Peyre, associée de Jacques Vergès, et femme du terroriste Carlos, pour "voir s'il existe des moyens pour que la production spécifiquement anti-iranienne s'arrête", a t-elle affirmé à l'AFP.

"Atteinte à l'honneur de l'Etat iranien"

Actuellement en Iran à l'invitation du ministère de la Culture iranien, cette dernière dénonce une "falsification historique" d'un film "supposé être basé sur des archives déclassifiées" du gouvernement américain et considère que le film est "un cas de dénigrement, d'atteinte à l'honneur et à la considération de l'Etat iranien et de sa population par les producteurs du film". Isabelle Coutant-Peyre, qui avoue n'avoir vu le film qu' "en partie", précise que l'Iran ne souhaite pas l'interdiction d'Argo, mais "la diffusion d'un bandeau disant que les faits racontés ne correspondent pas à la réalité".

Bref on ne badine pas avec l'image du régime. On se rappelle qu'en août 2008, la star locale Golshifteh Farahani s'était vue retirer son passeport à cause de sa participation au thriller Mensonges d'Etat, avec Leonardo DiCaprio. Première comédienne iranienne à tourner pour Hollywood depuis la révolution islamique de 1979, elle vit aujourd'hui en exil en France. Un cas qui n'est hélas pas isolé.

Des films diffusés par clé USB

Ours d'Or à Berlin en 2010 pour Une séparation, le réalisateur Asghar Farahdi est interdit de tournage en Iran pour avoir soutenu les artistes critiques du régime. Il a lui aussi trouvé refuge en France, où il vient de réaliser Le Passé, avec Bérénice Bejo et Tahar Rahim.

Sous le coup d'une interdiction de sortie de territoire, son confrère Jafar Panahi a lui tourné ses deux derniers longs-métrages dans le plus grand secret. Présentés à Cannes et Berlin, Ceci n'est pas un film et Pardé, ont passé les frontières... par clé USB. De quoi inspirer un prochain thriller hollywoodien ?