Lady Gaga ou l'art du storytelling permanent. Pas un jour ne passe sans que la chanteuse américaine invente une nouvelle raison de faire parler d'elle. Un nouveau look, une confession intime dans un magazine, un strip-tease intégral dans une boite gay, une séance de "relaxation" naturiste en forêt, ses fesses dans un string à fleurs sur une pochette de single.... Fin octobre, Stefanie Germanotta sortait dans les rues de Londres, tout de noir vêtue, histoire de faire le deuil de son chien... avant de réapparaître quelques jours plus tard à New York en arborant un dentier spécial Halloween. Puis d'annoncer un prochain concert dans l'espace. Et la musique dans tout ça ?

Avec ARTPOP, Gaga fait sa rentrée après toutes les autres stars de sa catégorie, sinon Britney Spears qui fait patienter ses fans encore une semaine. Avant elles, les Katy Perry, Justin Timberlake et autres Miley Cyrus ont pris d'assaut les charts avec des disques efficaces mais sans surprise, reproduisant à peu de chose près la formule de leur succès précédent. On aimerait dire autre chose de la diva new-yorkaise qui fraye avec les vedettes de l'art contemporain, de Jeff Koons à Marina Abramovic. Hélas, ou heureusement, Lady Gaga fait du Lady Gaga. Pour le meilleur et pour le pire.

Un dancefloor futuriste tendance psychédélique

Le meilleur d'abord. ARTPOP est un disque idéal pour faire son jogging. Ou de la gym en salle. Sans rire. Comme ses prédécesseurs, c'est un condensé d'électro-pop survoltée : rythmiques martiales, refrains scandés, gimmicks sonores entêtants. Au bout d'une heure sous le casque, l'auditeur ressort essoré, un peu étourdi, voire assourdi. Dans ses meilleurs moments, Lady Gaga est la reine d'un dancefloor futuriste tendance psychédélique. Difficile de résister à des pépites rugissantes comme "G.U.Y.", "Artpop" ou "Swine" et son break hardcore infernal.

Le reste du temps, on frise l'auto-parodie sur des tubes calibrés comme "Venus", "Do Want You Want", "Gypsy" ou "Applause", tellement familiers qu'on croirait entendre des chutes de moquettes de Born this Way, à peine rehaussées par une production rutilante, à faire rougir un vendeur de chaînes stéréo dernier cri. Reste la botte secrète de la Miss : la sincérité. Sur "Dope", LA ballade de l'album, Gaga chante toute seule derrière son piano, accompagnée de légers bruitages synthétiques. On l'entend respirer, crier, pleurer. C'est simple, beau, sans prétention. A quand l'album acoustique ?