Derrière son costume, Peter Strickland a le look d’un working-boy de la City. Mais en réalité, ce britannique de 40 ans est un cinéaste accompli, lauréat d’un Ours d'Argent à Berlin pour le thriller Katalin Varga, en 2009. Avec Berberian Sound Studio, son deuxième film l’intéressé prévient d’entrée : "le public se demandera s’il doit rire, avoir peur ou être perturbé". Et pour cause, cette œuvre-hommage aux giallos de Dario Argento se vit comme une pure expérience sensorielle. Laquelle a lieu dans un studio miteux de l’Italie des seventies où, pour son nouveau film d’horreur, le fantasque réalisateur Santini tyrannise Gilderoy, un ingénieur du son anglais qui poignarde en silence des légumes pour créer ses bruitages.

Un objet filmique non identifié

"Si l’horreur est le point de départ du scénario, ça ne fait pas de Berberian Sound Studio un film d’horreur", précise Peter Strickland. Sans suspense ni sang, le cinéaste s’applique en effet à mettre en lumière le son, sous l' influence des classiques seventies comme la malédiction. "Le héros détourne des bruits de cuisine normaux comme l’eau qui boue ou une pastèque qui tombe pour susciter la peur, souligne-t-il. Visuellement magnifique, cet objet filmique non identifié a également l’intelligence de suggérer sans jamais montrer. "Le public doit compenser ce qu’il ne voit pas et discerner le film dans le film", explique Strickland. Aussi radicale qu'originale, sa proposition cinématographique fera date.