Il y a régler ses comptes avec quelqu'un et il y a régler son compte à quelqu'un. Mais avec Booba, la frontière est toujours ténue. Rencontré par Metro pour parler de son nouvel album Futur, qui sort ce lundi, le rappeur ne s'est ainsi pas fait prier durant cet entretien pour donner un avis bien tranché sur ses collègues. Morceaux choisis.

Le rap français, dont il est un acteur majeur depuis 1996
"Je trouve que les rappeurs français ont un peu de mal. À force de ne plus écouter de rap américain, ils ont créé leur propre rap. Eux sont peut-être heureux avec ce qu’ils font, mais pour moi ce n’est plus du rap. Quand je les écoute, j’ai souvent l’impression d’entendre ce que je faisais à mes débuts, en moins bien. C'était une époque où j'en écoutais encore beaucoup : la FF, Arsenik, 2 Bal 2 Neg, Idéal J... L'album du 113, Les princes de la ville, je n'arrêtais pas de l'écouter."

Rohff, qui l'a récemment "clashé" dans le morceau Wesh zoulette
"Bien sûr que je savais qu’il allait prendre mon morceau Wesh morray pour lui. Surtout par rapport à la phase : "Faites des Planète rap, sucez, faites ce que vous voulez", alors que le titre a été balancé dix jours après qu’il m’a traité de zoulette dans cette émission. Il n’était d'ailleurs même pas censé y aller, puisqu’il était en embrouille avec Fred de Sky. Mais voilà, le désespoir l’a conduit à aller se vendre à Skyrock…

Il était à fleur de peau, et il y a plusieurs coïncidences. Sauf que c'est vraiment un égotrip : je parle mal mais ça ne s'adresse à personne en particulier. Je n’insulte pas les mères dans un clash. Et si j’avais voulu envoyer une pique, j’aurais cité le nom, comme je l’ai toujours fait. Je ne vois pas pourquoi je n’aurais pas dit le sien. Lui considère que je lui en lance depuis plusieurs années ? C’est connu que c’est plutôt l’inverse. Sortir mon album 0.9 en même temps que le sien, c’était juste pour créer le buzz et amuser la galerie, je ne m’en suis jamais caché. Mais pour le reste, il est complètement parano. Je ne le calcule même pas, et lui me calcule beaucoup trop. Le fait qu'il prenne tout pour lui montre surtout qu'il a un problème d'ego, en plus d'avoir un problème avec moi.

On s’est déjà croisé à Miami (où les deux rappeurs vivent, ndlr) avant tout ça, il ne m’aimait déjà pas et moi non plus, mais il ne s’était rien passé. Aujourd'hui, ce serait autre chose, oui… Mais c’est lui qui a commencé à dire que quand il a un problème avec quelqu’un, il se déplace et il va le chercher. Ce jour-là, il a aussi dit à Fred de Sky que quand il avait un truc à dire, il ne faisait pas de morceau. Puis il a été le premier à faire Wesh zoulette... Maintenant, tu as vu comment il parle… Quand tu insultes ma mère ce n’est jamais un jeu. Si on pourrait en venir aux mains ? Aujourd’hui, il y a toutes les chances, oui. Aucun problème."

Diam's, à propos de laquelle il a déclaré dans Le Parisien : "Elle est revenue au Moyen-Âge. Je ne juge pas, c’est religieux, personnel. Elle fait ce qu’elle veut. Je la préfère encore comme ça que derrière un micro. Je ne l’ai jamais supportée. Elle s’inventait une vie, un parcours."
"Il ne faut pas mal l’interpréter. Je dis aussi que je respecte son choix, et que si elle est heureuse comme ça, il n’y a pas de problème. Quand je parle de "Moyen-Âge", c'est par rapport à son nouveau mode de vie. Elle est quand même passée de millionnaire au sommet des charts à une vie d’ermite dans une forêt.

Elle écrit bien, ses textes sont bien ficelés. Mais tu sens que ça ne sort pas du cœur. Elle se faisait passer pour la meuf de cité qui essaie de s’en sortir, opprimée par tous les mecs, qui sont des salauds. A l’écouter, toutes les meufs des quartiers se font violer dans un ascenseur et tous les mecs font des tournantes. Enfin, c’est ce que moi j’en retiens. Dans sa musique, il n’était question que de drames, "Il m’a trompée" ou "Il m’a tabassée". Où est-ce qu'elle vivait, elle ? Dans les cités, ce genre de choses arrivent, mais il ne faut pas oublier que tout le monde se connaît, et que chaque fille est la sœur, l’amie ou la voisine de quelqu’un. Son délire, c’était presque un reportage de TF1.

Sa dépression ? Je ne peux pas juger un truc pareil. Moi je vois juste qu'elle n’a pas assumé l'argent et la célébrité. Puis qu'elle est devenue parano. Si elle a pété les plombs, c’est qu’elle n’était pas faite pour ça. Déjà qu’elle passait son temps à se plaindre avant…"

La nouvelle génération (Youssoupha, Orelsan)
"Je ne les écoute pas, je les entends, et encore… Je me contente de me tenir au courant de ce qui se fait. Mais c’est parce que je m’y oblige, je n'y prends aucun plaisir. Jamais je n’écouterais un album de Youssoupha ! Le peu que j'ai entendu me suffit. Orelsan idem, ça ne me parle pas du tout. Pour moi, ce qu'il écrit n’a aucun sens. Il ne dit rien. C’est forcé, ce n’est que du virtuel. Il décrit des scènes trash qu'il n'a jamais vécues. Et puis l’écouter dire que c’est un loser, qu’il a envie de se pendre ou que sa meuf est une pute parce qu'elle l'a trompée, j’en ai rien à foutre. Et je ne parle même pas de leurs beats moyenâgeux…"

Les glorieux anciens, à propos desquels il a déclaré dans Libération : "Ils en sont où maintenant ? JoeyStarr, il est acteur. MC Solaar, que j’adorais, est aux Enfoirés. Et IAM, ils font un album hommage à Ennio Morricone ! Ils ne méritent pas le respect."
"Ce ne sont pas les propos que j'ai tenus. Je les respecte, je sais que c’était des mecs passionnés. Ils ont essayé. En fait c'est plus de la déception. Ce que je leur reproche, c’est de ne pas avoir utilisé le pouvoir qu’ils avaient pour servir la cause du hip-hop, s’accaparer Skyrock... De ne pas être devenus des PDD. Puis ce qui m’énervait aussi, c’est que moi je charbonnais mais je ne passais pas à la radio, alors que n’importe laquelle de leurs merdes était survendue. C’était mon son qu’on écoutait dans les voitures, mais les leurs qu’on diffusait dans les médias.

Aujourd’hui, si les mecs d’IAM se retrouvent à bosser en indépendants, c’est de leur faute. Au niveau où ils étaient, s’ils s’étaient plus impliqués artistiquement, ils auraient pu faire autre chose. En vérité, je pense qu’ils ont évolué à une époque où ils ont surtout été opportunistes. C’était les débuts du rap français, ils étaient plus ou moins seuls. Mais pour moi, ils n’avaient pas de vrai talent. Celui qui permet de durer.

Akhenaton avait un vrai talent d’écriture mais le rap, ça va au-delà de l’écriture. Le hip-hop, c’est aussi du style (je n’arrive plus à dire swag depuis que la Fouine le dit), de l’image, du marketing, un état d’esprit… IAM, ils se déguisaient en pharaons ou en jedi. Ca parle à qui ça ? T’es dans ton quartier en train de fumer du shit sur le banc, et tu les vois avec des fusils laser… Ca m’a amusé cinq minutes, parce que j’étais petit, mais franchement, je me sentais plus proche d’un Ministère Amer, parce que leur langage ("À coups de batte dans leur mère"), leurs clips à Sarcelles, c’était le portrait craché de ce que je vivais en banlieue."

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