Votre partenaire Jennifer Lawrence a passé son casting sur Skype. Et vous, comment avez-vous décroché le rôle de Pat Solitano ?
En fait David O. Russell avait choisi un autre acteur (Mark Wahlberg – ndlr) qui s'est désisté au dernier moment. J'étais en train de faire un autre film, The Place Beyond The Pines, avec Ryan Gosling, lorsque David m'a appelé. On se connaissait déjà car on avait un autre projet ensemble, mais il ne m'avait jamais proposé le rôle de Pat. A deux semaines du début du tournage, il me dit que le rôle est libre, que j'ai peu de temps pour me préparer mais qu'il se rappelle de Serial Noceurs et qu'il pense que j'ai ce qu'il faut pour jouer Pat. Moi, j'avais tellement peur... Mais je devais essayer. Le truc, c'est que le film se passe à Philadelphie, la ville où j'ai grandi et ou je vis encore, mon équipe de football américain, ce sont les Eagles, la même que celle de Pat. Et il y avait Robert De Niro, avec qui j'avais déjà fait Limitless et qui est devenu un bon ami. Je n'avais aucun mal à lui dire papa (sourire).

Quinze jours de préparation express, ça ressemble à quoi ?
C'est très dur ! (il souffle). Je suis allé visité un institut psychiatrique, j'ai regardé des documentaires sur les maniaco-dépressifs, j'ai également parlé avec le fils de David, qui étudie dans une école spécialisée pour les enfants qui souffrent de troubles bipolaires. Bien sûr j'ai utilisé mon imagination. Mais je suis aussi également allé chercher dans mon histoire personnelle ce qui me serait nécessaire pour "être Pat". Pas "jouer Pat". David réclame un maximum d'authenticité chez les acteurs. Lorsqu'on regarde ses films, comme The Fighter notamment, on a l'impression que les personnages sont réels, pas qu'il s'agit de comédiens professionnels.

Qu'êtes-vous allé chercher dans votre histoire personnelle pour le rôle ?
(il sourit). Disons que j'ai compris qu'avant de jouer Pat, j'avais pas mal de préjugés vis-à-vis des gens qui souffrent de troubles bipolaires. Je me disais "non, ce n'est pas moi". Bien sûr ma vie est facile par rapport à celle de Pat. Mais je me suis demandé ce qui m'arriverait si je me retrouvais dans la même impasse que lui...

Et alors ?
Entre 25 et 29 ans, je faisais pas mal de conneries et je n'étais pas loin de ressembler à Pat. Disons que depuis une dizaine d'années, je reste à peu près le même, que je connaisse le bonheur ou le malheur. J'ai perdu mon père il y a deux ans, ça c'est un vrai changement dans la vie. Ca vous oblige à être fort. Pareil au niveau professionnel. J'ai eu beaucoup de succès avec Very Bad Trip, je suis nommé aux Oscars avec Happiness Therapy, mais je ne m'enflamme pas. Je sais ce qui est important : la famille, et bien faire mon travail.

Entre Jennifer Lawrence et vous, l'alchimie est évidente. Avez-vous beaucoup improvisé sur le tournage ?
C'est un mélange. Le script de David était très bon et il nous demandait de le respecter à la lettre. Sauf que sur le tournage, il n'hésitait pas à changer des lignes entières de dialogue, pendant que la caméra tournait. Vu qu'il nous laissait aussi apporter nos propres idées, ça donnait l'impression de jouer un moment réel, pas quelque chose qui était répété avant. A l'arrivée, je ne saurais même plus dire qui a eu l'idée de telle ou telle réplique. Ca ressemble à ce qu'on fait avec Zach Galifiankis et Ed Helms sur Very Bad Trip.

Le couple de danseurs que vous formez avec Jennifer n'est pas mal non plus. Vous êtes fin prêt pour Danse avec les Stars, non ?
Je ne pense pas, non. (rires). Mais ça m'a beaucoup plu. On a beaucoup répété avec Jennifer et je crois que notre performance dans le film s'en ressent. Et pourtant on n'a eu une qu'une semaine.

Le Grand Journal de Canal + a rediffusé lors de votre venue des images d'une rencontre de l'Actor's Studio au cours de laquelle vous posez une question à Robert De Niro, alors que vous étiez encore étudiant... C'est un bon souvenir ?
Je m'en souviens bien. J'avais peur car je lui posais une question hyper spécifique sur un geste qu'il fait dans L'Éveil, de Penny Marshall. Je voulais savoir si c'était dans le script, si ça venait des répétitions ou si c'est quelque chose qu'il avait imaginé sur le moment. Il a pris son temps, il m'a répondu que c'est arrivé sur le moment, et surtout il a dit "that's a good question !". J'étais tellement content (rires). Surtout qu'il n'avait pas du tout dit ça pendant le reste de l'interview avec James Lipton (l'un des patrons de l'Actor's Studio, à New York).

Vous lui en avez parlé lorsque vous avez joué avec lui plus tard ?
Non, je n'ai pas osé. Et je ne suis pas sûr qu'il s'en souvienne (rires). Vous savez quoi ? Des années plus tard, j'ai filmé une audition avec ma mère, pour un film avec lui. On a envoyé le DVD à son agent et il a demandé à me rencontrer. Finalement je n'ai pas été retenu mais il m'a encouragé à continuer... Aujourd'hui je crois qu'il ne s'en souvient pas non plus ! (rires)

Un mot sur les Oscars. Vous avez déjà écrit votre discours en cas de victoire ?
Non et franchement, je ne veux même pas imaginer ce qui va se passer. Être nommé, c'est de la folie. Gagner ? Ce qui est sûr, c'est que je suis très fier de ce que j'ai accompli sur ce tournage. Ca me donne beaucoup de confiance pour la suite.