Sur Ellis Island
"Ellis Island était l'endroit par où passaient tous les immigrants à destination de New York. L'île était ouverte entre 1900 et 1924, et 40% des américains ont un membre de leur famille qui est passé par là. J'y suis allé en 1978, juste avant sa restauration. On voyait des formulaires à moitié remplis par terre, l'endroit était rempli d'histoires... Nous avons tourné à Ellis Island même, et ça n'a pas été sans difficultés. C'est aujourd'hui un musée ouvert 365 jours par an, qui n'avait pas l'intention de fermer pour le tournage. On a donc tourné la nuit, avec d'énormes grues pour l'éclairage. Avec le recul, je ne sais pas si je le referais ! L'ouragan de novembre dernier a causé pas mal de dégâts, mais on a pu s'approprier le grand hall pendant deux nuits, pour que ce soit le plus réaliste possible."

Sur l'immigration
"Je suis très favorable à l'immigration, c'est ce qui permet à notre pays de garder sa vitalité, sa souplesse. Ça amène un sang neuf. Je vis à Los Angeles, où les cultures asiatique et latino donnent toute une richesse, une profondeur à cette ville. En préparant ce film, j'ai fait quelques recherches sur ce que disaient les gens au sujet de ces nouveaux immigrants. Dans les années 40, on disait d'eux qu'ils étaient stupides, paresseux, sales et qu'ils ne pouvaient pas travailler. Puis on a dit la même chose des Italiens, des juifs... Et aujourd'hui on parle des latinos de la même façon négative. L'immigration enrichit la société, elle ne l'amoindrit pas."

Sur Marion Cotillard
"Quand j'ai rencontré Marion, j'avoue que je n'avais pas vu ses films. Parce que mes enfants sont nés au moment de leur sortie ! Un soir, à un dîner, elle m'a lancé une morceau de pain sur la tête parce que je disais que je n'aimais pas certains films et certains acteurs. Elle avait un visage si expressif alors. Elle a de la volonté, de la force, elle agit avec intelligence, sensibilité et émotion. Avec certains acteurs, on n'a pas besoin de les voir jouer, il suffit de parler avec eux, et on sait qu'ils vont être merveilleux. J'ai ensuite regardé tous ses films, et je me suis retrouvé dans le camp Cotillard sans hésitation."

Sur Joaquin Phoenix
"Je ne me suis jamais dit que j'allais faire cinq ou six films d'affilée avec Joaquin, ce n'était pas prévu... Je gravite autour d'acteurs qui ont les même sensations que moi sur le monde, sur l'art et sur les comportements humains, et je me suis rendu compte dès notre premier film ensemble qu'il possédait une palette très vaste sur le plan émotionnel. On discute beaucoup, Joaquin et moi, on se chamaille parfois comme des frères, et ça nous éclaire. Il aime par-dessus tout ce moment où l'on discute d'une scène et où l'on décompose une personnage. Il m'appelait chaque soir en me demandant pourquoi il fallait qu'il joue ce rôle, qu'il fasse ceci et cela, il m'en voulait parce qu'il croyait que je voulais le faire souffrir !"