De rouille et d'os
Jacques Audiard va-t-il réaliser la passe de trois ? César du meilleur film et du meilleur réalisateur en 2005 et 2009 pour De battre mon coeur s'est arrêté et Un prophète, le fils du grand Michel Audiard est aujourd'hui LE réalisateur star du cinéma français. Excellent scénariste, fin styliste d'images, c'est surtout un brillant directeur d'acteurs, qui cette fois tire le meilleur de la révélation Matthias Schoenaerts et de la vedette Marion Cotillard. Admiré par les critiques, son nom est désormais un gage de qualité pour le public qui lui a offert son plus gros succès en salles, avec 1,9 millions d'entrées... Boudé au festival de Cannes par le jury de Nanni Moretti, il pourrait prendre sa revanche aux César. Même s'il a un challenger de poids...

Amour
C'est l'autre grand favori de cette prochaine cérémonie. Il y a quelques jours, la Palme d'or de Michael Haneke a remporté le Lumière du meilleur film français, décerné par les correspondants de la presse française à Paris. Par le passé le cinéaste autrichien a été nommé deux fois pour Caché (réalisateur et scénario en 2006) et une fois pour Le Ruban Blanc (meilleur film étranger en 2009). Amour étant produit en majorité par la France, via Les Films du Losange, l'austère auteur pourrait repartir avec un paquet de récompenses le 22 février. Jean-Louis Trintignant et Emmanuelle Riva ses glorieux interprètes pourraient même éclipser Matthias Schoenaerts et Marion Cotillard, les star de De rouille et d'os.

Camille Redouble
Avec sa comédie fantastique, Noémie Lvovsky a offert une alternative rafraichissante à l'humour grassouillet qui a pollué la production française toute l'année. Réalisatrice et actrice, elle a déjà été nommée six fois aux César, dont cinq fois dans la catégorie meilleur second rôle féminin. Cette fois, c'est une nomination au César de la meilleure actrice qui lui pend au nez, mais aussi du meilleur film, de la meilleure réalisatrice, et de la meilleure scénariste. A force de multiplier les chances, elle va bien en décrocher un, non ? Le public, lui, n'a pas boudé son plaisir, avec plus de 870 000 entrées.

Les Adieux à la Reine
Basé sur le roman de Chantal Thomas, le dernier film de Benoît Jacquot raconte Versailles à travers la relation entre Marie-Antoinette et Sidonie Laborde, sa lectrice. Diane Krüger et Léa Seydoux y livrent de solides performances, qui pourraient leur valoir de s'affronter dans la catégorie meilleure actrice. A moins que la seconde ne soit reversée dans la catégorie meilleur second rôle féminin. Avec plus de 540 000 entrées, c'est le plus grand succès de la carrière de Benoît Jacquot artisan prolixe du cinéma français. Lequel pourrait avoir envie de le récompenser, enfin.

Ernest et Célestine
Depuis 2011, le César du meilleur film d'animation récompense les artisans frenchies qui résistent farouchement à l'esthétique bubblegum d'Hollywood. Après L'Illusionniste de Sylvain Chomet et Le Chat du Rabbin de Joann Sfar, Ernest et Célestine a tout de la belle histoire qui rime avec César. Réalisé en deux dimensions par Benjamin Renner, Stéphane Aubier et Vincent Patar, cette adaptation de l'auteure belge Gabrielle Vincent a séduit par sa poésie et sa simplicité, réunissant plus de 750 000 spectateurs.

Holy Motors
Snobé par le jury du festival de Cannes, boudé par le grand public - 181 364 entrées – le film de Leos Carax était l'objet filmique non identifié du cinéma français en 2012. Dans le métier Leos Carax a cette image d'auteur maudit qui plait autant qu'elle agace. Ses partisans seront-ils assez nombreux parmi les votants pour lui garantir une nomination au César du meilleur film, et une autre à celle du meilleur réalisateur ? Son acteur fétiche, Denis Lavant, pourrait lui être nommé aux côtés de Matthias Schoenaerts et Jean-Louis Trintignant.

Dans la maison
François Ozon a déjà été nommé – pour Sous le sable en 2002, 8 femmes en 2003, Potiche en 2011 – mais jamais été récompensé, en dépit d'une filmographie aussi riche qu'éclectique. Après le succès de Potiche, il a récidivé en 2012 avec Dans la maison, un drame troublant dans lequel Fabrice Luchini joue en prof de Français un brin rigide. A ses côtés, un jeune comédien étonnant, Ernst Umhauer, récompensé aux Lumière. Le César de la révélation masculine lui tend les bras.

Adieu Berthe, l'enterrement de mémé
Bruno Podalydès est l'un des auteurs les plus singuliers du cinéma français, dont le cercle des fans se maintient au fil des années. Avec plus de 700 000 entrées, sa dernière comédie douce-amère, avec son frangin Denis, est son plus gros succès depuis Le Mystère de la chambre jaune, qui avait franchi le cap du million en 2003. César du court métrage en 1993 pour Versailles Rive-Gauche et du meilleur premier film en 1999b pour Dieu seul me voit, il est boudé par l'Académie depuis... 2013, l'année de la réconciliation ?

Cherchez Hortense
Pascal Bonitzer est l'un des scénaristes les plus expérimentés du cinéma français (Benoît Jacquot, Jacques Rivette, André Téchiné). Derrière la caméra, il s'est imposé comme un fin chroniqueur des travers des bobos parisiens. Avec plus de 500 000 entrées, Cherchez Hortense est son plus gros succès depuis Rien sur Robert, en 1999. Jean-Pierre Bacri, excellent, devrait figurer dans la liste des candidats au César du meilleur acteur.

Louise Wimmer
C'est l'outsider de l'année. Premier film de fiction du jeune réalisateur Cyril Mennegun, ce portrait d'une femme à la dérive est transcendé par la performance ébouriffante de Corinne Masiero, qui jouait la soeur de Matthias Schoenaerts dans De rouille et d'os. Récompensé par le prix Louis-Delluc du meilleur premier film en décembre dernier, Louise Wimmer devrait récolter une nomination au César du meilleur premier film. Voire du meilleur film comme Les Nuits Fauves, de Cyril Collard, en 1992. Le jeune cinéaste, aujourd'hui décédé, avait fait coup double.