Son actualité belge le ferait presque oublier, mais avant d’être un catalyseur de problématiques politico-sociales, Gérard Depardieu est surtout un grand acteur. Nouvelle preuve de son talent : L’Homme qui rit, adaptation de Victor Hugo signée Jean-Pierre Améris.

L’acteur y joue Ursus, forain bourru au grand cœur qui recueille deux orphelins sous l’Ancien Régime : Déa, une gamine aveugle, et Gwynplaine, jeune garçon au visage marqué par une cicatrice qui lui donne le sourire du Joker. Une particularité qui, à l’âge adulte, lui permettra de devenir la vedette d’un spectacle monté par son père d’adoption à la cour des miracles et rapidement plébiscité par les Grands de son monde.

Kitsch et modèles plombants

Passionnant et émouvant sur le papier, cet hymne à la différence -doublé d’une romance tragique entre les deux jeunes protagonistes- manque d’âme, de souffle et de substance à l’écran. En cause, l’interprétation trop appuyée de Marc-André Grondin et un déluge de kitscherie visuelle.

Plombé par ses décors en carton-pâte qui empêchent la magie d’opérer et la superficialité de son discours social (pourtant cher à Hugo), Jean-Pierre Améris n’arrive malheureusement pas à la cheville de ses modèles, Tim Burton, Jean Cocteau ou Terry Gilliam en tête. Reste malgré tout la grâce et l’émouvante fragilité de Christa Théret et la force tranquille et généreuse de Gérard Depardieu, parfois plus subtil à l’écran qu’à la ville.