A la suite de doléances reçues de la part de parents et d'auteurs de la revue interne de la bibliothèque, la direction de celle-ci a confirmé jeudi 10 juillet qu'elle "supprimerait" les trois ouvrages supposés aller à l'encontre de sa politique "pro-familiale". Il s'agit des livres And Tango Makes Three, une histoire sur deux pingouins mâles qui élèvent un bébé pingouin dans le zoo de New York, The White Swan Express, sur des enfants adoptés notamment par des parents homosexuels, et Who's In My Family, qui aborde différents types de familles, y compris homosexuelles.

Un autodafé condamné par la communauté littéraire

La communauté littéraire de Singapour a fustigé cette décision, dénonçant un "autodafé" et une censure sur fond de tensions croissantes entre des défenseurs de la communauté homosexuelle et des conservateurs religieux de la ville-Etat. "Je veux que vous évoquiez ces autodafés dans vos événements publics", a écrit sur sa page Facebook Ng Yi-Sheng, éminent écrivain à Singapour. "Notre position est claire et précise: nous sommes contre la censure, la bureaucratie opaque et la destruction de livres", a-t-il ajouté.

A Singapour, les homosexuels risquent deux ans de prison

En revanche, le ministre singapourien de l'Information, Yaacob Ibrahim, a estimé que la décision de la bibliothèque était "guidée par les normes de la collectivité". "Les normes qui prévalent et sont acceptées par une immense majorité de Singapouriens préconisent l'enseignement aux enfants de la famille conventionnelle, et non pas de la famille alternative, non traditionnelle, ce dont il est question dans les livres", a écrit le ministre sur sa page Facebook. Illégale à Singapour, l'homosexualité est un délit puni de jusqu'à deux ans de prison, selon une disposition du code pénal remontant à la colonisation britannique, qui s'est achevée en 1959.