Qu’importe le pays pourvu qu’il y ait le désert. Chez Tinariwen, groupe de rock touareg fondé en 1980 en Libye, c’est semble-t-il un élément déterminant. Afin d’enregistrer leur sixième album, Emmaar, les membres de la formation ont dû quitter leur terre d’origine saharienne en raison de l’instabilité qui y régnait, pour s’envoler vers un autre désert, californien cette fois.

Durant trois semaines, au printemps 2013, Tinariwen ''s’est retrouvé dans la maison d’un vieil ami du groupe, Bill Rahmy, manager de Queens of the Stone Age'', explique à metronews Abdallah Ag Alhousseyni, un des guitaristes du groupe. Là, en pleine nature, des musiciens se sont croisés – Josh Klinghoffer, Matt Sweeney –, des liens se sont créés, des morceaux ont été improvisés.
Une manière de retrouver l’atmosphère originelle de la musique de Tinariwen, que l’on avait découverte sur leur premier album, The Radio Tisdas Sessions. ''Les paysages, le calme, le désert nous ont aidés à nous sentir comme chez nous. L’esprit était finalement le même'', assure Eyadou Ag Leche, bassiste du groupe.

La souffrance des Touareg

De ce campement improvisé résulte un album de onze titres, plus électrique que le précédent, Tassili. Un sixième opus sur lequel Tinariwen mêle aux sons saturés ''rappelant les petites baffles avec lesquelles jouent certains groupes'', selon Eyadou, ceux de la nature, volonté de faire entendre le vent.
Si les paroles d’Emmaar demeurent centrées sur des thèmes coutumiers du groupe, tels que l’amour, la nature ou la liberté, le message central bâti autour de la situation de l’Azawad – Nord-Mali – a été clarifié.

''Nous voulions parler de la souffrance des Touareg marginalisés'', décrit Abdallah. ''Leur condition n’a pas changé, poursuit Eyadou, même si le monde entier est sur le coup. J’ai écrit la première chanson, “Toumast Tincha”, poussé par la douleur et la tristesse.'' Conscients d’être les témoins directs de la situation des Touareg et d’avoir désormais la chance de pouvoir parler à leur place dans le monde entier, les Tinariwen gardent espoir. ''En touareg, Emmaar signifie chaleur, précise le guitariste, elle peut réchauffer ou brûler. C’est ce qu’on ressent lorsqu’on est assis près du feu ou qu’on attrape un coup de soleil. C’est également ce qui correspond à ce qui se passe dans le monde et au Mali.''