Que pensez-vous des primaires américaines ? Les Républicains font très peur cette année...
C'est très inquiétant. Imaginez un monde où il y aurait Trump aux Etats-Unis, avec déjà Poutine en Russie, il n'y aurait plus qu'à rappeler Berlusconi... En même temps, ça dresse un constat du vide politique, le choix qui est offert aujourd'hui aux Américains est désespérant. Le populisme ne prend qu'à partir du moment où l'on ne croit plus en la classe politique. On se retrouve avec qui, Cruz, Trump, Clinton ou Sanders ? Sanders, franchement, je n'ai rien contre son âge, mais si c'est lui qui doit devenir l'homme le plus puissant du monde... Hilary Clinton, c'est le summum de l'appareil politique ; Cruz, je n'en parle même pas tellement il fait peur... Où sont les grands chefs d'Etat ?

Et en France, où sont-ils ?
Je n'ai pas de légitimité à parler de la politique française puisque je n'y vis plus depuis 21 ans, mais je constate que les éléphants, en captant le pouvoir politique, empêchent le renouvellement et le rajeunissement de la démocratie. Le poids de l'appareillage politique est monstrueux. S'il y a encore une primaire à gauche, ça va être encore Martine Aubry contre Hollande ? Où sont les hommes d'Etat capables de sortir du carcan de l'idéologie de leur parti, pour regarder la société telle qu'elle est, dans toute sa diversité ? On ne peut pas la faire prospérer tant qu'on est prisonnier de ses idéologies.

"En France, les éléphants empêchent le renouvellement et le rajeunissement de la démocratie."

Qu'est-ce qui vous a marqué en France, vu de New York ?
J'ai eu du mal à comprendre qu'autant d'énergie ait été mobilisée contre le Mariage pour tous, contre des gens qui s'aiment alors qu'on vit dans un monde de haine. Le jour de la démission de Taubira, j'ai entendu quelqu'un dire : 'ah, je suis contente qu'elle ait démissionné, j'espère qu'on reviendra sur cette loi !' Moi, je n'ai pas eu l'impression que les 4 000 personnes qui se sont mariées ont mis l'humanité en péril, ni fondu la République... Ces gens me terrorisent, ils sont noyés dans la violence du monde et ils sont un million dans la rue pour défiler contre des gens qui s'aiment ! C'est ça, leur foi ? Elle est là, leur charité ?

La France est censée être un pays laïc...
La France n'est pas du tout un pays laïc. Dire le contraire est l'une des plus grandes hypocrisies de la société française. Un pays dont 80 % des jours fériés sont des jours chrétiens, n'est pas laïc par définition. C'est bien de vouloir interdire tout signe de religion, mais à ce moment-là, que la Pentecôte, l'Ascension et Noël ne soient plus des jours fériés ! Au contraire, la France est un pays extrêmement religieux : à chaque fois qu'il y a eu des films un peu provocateurs sur le Christ, on a vu la réaction de mouvements ultra-religieux.

"Dire que la France est un pays laïc est l'une des plus grandes hypocrisies de la société française."

Il est encore plus difficile d'échapper à la religion aux Etats-Unis...
C'est vrai, l'Amérique est un pays profondément religieux, mais au moins il l'assume. Sur les dollars, il est écrit "In God we trust", il n'y a pas un président qui n'ait prêté serment devant Dieu. Ce qui est gênant en France, ce qui explique le malaise de la société, c'est l'hypocrisie. Ici, aux Etats-Unis, c'est cash, personne ne vous trompe sur la marchandise.

L'échelle d'un pays influe-t-elle réellement son gouvernement ?
En Europe, on a du mal à comprendre la répartition géographique des Etats-Unis. Il y a l'Amérique des grandes villes, celle des villes pauvres, et tout le centre, où c'est toujours le far-west. Les gens qui y vivent ont choisi d'être loin de l'Etat. Il ne faut pas oublier qu'il y a ici autant de diversité qu'il y en a sur tout le continent européen. Si on essayait d'élire en Europe un seul président, les primaires en Ukraine ne seraient pas représentatives des primaires en Angleterre, ou en Italie ! Or cette diversité existe en Amérique. Il faut aussi comprendre que les modes de pensée ne sont pas les mêmes que les nôtres. Si je suis accro à la série The Good Wife, c'est parce que non seulement elle est merveilleusement bien écrite, mais aussi parce qu'elle apprend beaucoup de choses sur le fonctionnement de l'Amérique et sa mentalité.

EN SAVOIR +
>> Marc Levy à New York : "Ici, les gens ne s'étonnent de rien et ne râlent jamais"
>> Marc Levy à New York : "Dans 'L'horizon à l'envers', il y a un côté Roméo et Juliette 3.0"