François Ozon présentait à Cannes son dernier film, Jeune et Jolie, l’histoire d’une adolescente qui se prostitue. L’occasion d’en faire la promo et de sortir une énormité lors d’une interview.

Je ne m’amuserai pas à descendre un film que je n’ai pas vu, même si je dois avouer que le pitch ne me plaît guère. Ce n’est pas la première fois que des cinéastes magnifient des jeunes et jolies filles biens sous tout rapport qui exercent l’activité d’escort (voir le film Elles, avec Juliette Binoche, sortie deux ans auparavant). Force est d’ailleurs de constater que le fantasme à côté de la plaque de la bourgeoise qui se dévergonde a déjà été usé jusqu’à la moëlle, tant bien à travers des films qui ont marqué l’histoire du cinéma tels que Belle de jour qu’à travers l’histoire de la pornographie.

Mais ne nous attardons pas sur Jeune et Jolie, les critiques de cinéma s’en chargeront, et intéressons-nous aux propos que François Ozon a tenu à Rhonda Richford, une journaliste du Hollywood reporter, qui n’en est toujours pas revenue.

« Je crois que les femmes comprennent mieux le film que les hommes. Les hommes ont peur, ils se disent ‘Oh mon Dieu. Il y a tout ça dans la tête d’une femme ?’ (Mon personnage) est très puissant. Mais je pense que les femmes peuvent facilement se connecter avec cette fille car c’est un fantasme de beaucoup de femmes de se prostituer. Ca ne veut pas dire qu’elles le font, mais le fait d’être payé pour coucher est quelque chose qui fait partie de la sexualité féminine. »

Et voilà, on revient à ce sempiternel lieu commun : beaucoup de femmes fantasmeraient de se prostituer. Je ne veux surtout pas faire le jeu des abolitionnistes qui prétendent que « toute prostitution est une violence faite aux femmes ». Je me refuse à faire dans le misérabilisme et la victimisation à l’extrême des escorts qui sont, n’en déplaisent à certains, souvent parfaitement capables de s’exprimer elles-mêmes sur leurs activités. En revanche, affirmer que beaucoup de femmes fantasment de se prostituer me gêne. La prostitution est un travail. Or on s’excite rarement sexuellement en pensant à son travail. Certaines de mes camarades escorts m’ont déjà avoué prendre exceptionnellement du plaisir avec certains clients. Mais il est une évidence qu’il s’agit, dans l’immense majorité des cas, d’une activité uniquement professionnelle, bien éloignée de tout fantasme.

L’objétisation de la femme, un fantasme has been

Mais qu’est-ce qui nourrit ce lieu commun qui voudrait que les femmes auraient majoritairement intégré ce fantasme du rapport rémunéré ? François Ozon nous livre un semblant de réponse et se vautre dans une fantasmagorie masculine on ne peut plus désuète : « Je crois qu’être un objet dans la sexualité est quelque chose d’évident, le fait d’être désiré, utilisé. Il y a une forme de passivité que les femmes recherchent. »

Non mais arrêtez les mecs… Il n’y a plus que les vieux psychanalystes pervers et les papys lecteurs de Sade et de Bataille qui continuent à s’astiquer en prétendant que toute jouissance est nécessairement jouissance de la transgression, et que tout fantasme est nécessairement basé sur l’objétisation de l’autre et sa domination.

Alors non, pour votre gouverne, toutes les femmes ne fantasment pas d’être objétisées, dominées, utilisées, souillées ou que sais-je encore. Oui, certaines femmes (et certains hommes) s’excitent en étant passifs et / ou dominés, et c’est leur droit. A ce que je sache, il n’existe aucune charte féministement correct du « bien baiser » qui interdirait moralement les rapports de domination entre adultes consentants. Chacun(e) est libre de fantasmer. Mais prétendre que cela s’étend à l’ensemble de la gent féminine me pose un réel problème. De surcroît lorsque le personnage principal du film que l’on vient de réaliser est sensée être une adolescente.

« Vous parlez avec plein de femmes, vous parlez avec des psys, tout le monde sait ça. Enfin, peut-être pas les Américains ! » affirme François Ozon au cours du même entretien. Ah, évidemment, si les psys et « tout le monde » le disent, c’est que cela doit être vrai. Pas chez moi en tout cas, et je ne suis pourtant pas américaine.

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