Le tome 8 de Last Man vient de paraître et ses auteurs ne montrent aucun signe de fatigue. Bastien Vivès, Balak et Michaël Sanlaville, "potes avant d'être collègues", précise ce dernier, travaillent pourtant à flux tendu depuis trois ans.

En 2013 paraissait le premier tome de "Last Man", une nouvelle série conçue comme un shonen (manga destiné aux garçons) : initialement publiées sur le site Delitoon, les planches sont réunies en album tous les trois mois, grâce à un travail d'équipe ultra-efficace : Bastien Vivès signe le scénario, Balak en tire un storyboard, puis Vivès et Sanlaville abattent vingt planches par semaine.

"Bagarre, cul et sentiments"

Balak précise : "Notre méthode, c'est travailler en studio à un rythme japonais – c'est Bastien qui en a eu l'idée après avoir lu Bakkuman ! On voulait que le lecteur n'ait que trois ou quatre  mois à attendre pour lire la suite, contre quatre ou cinq ans dans la BD franco-belge. Et lui offrir une vraie aventure, longue, avec des personnages forts."

Pour autant, Last Man ne singe pas les mangas japonais : on reconnaît très bien le trait de Bastien Vivès, et son rythme impeccable lorsqu'il s'agit de baston. A une lectrice qui s'en étonne, il répond : "Oh, il n'y a pas que de la bagarre, il y a du cul et des sentiments aussi (rires.) ! C'est pour ça que les shonen plaisent autant aux gamins ; notre but, c'est aussi de leur montrer ce qu'ils ne devraient pas voir !" Balak renchérit : "Derrière la bagarre, il y a toujours un bagage émotionnel, une bagarre c'est le conflit à l'état pur. Ça peut être un peu dur à comprendre d'un point de vue extérieur, mais c'est pour ça que les jeunes aiment autant des séries comme Naruto."

De l'album papier à la série animée en passant par le jeu vidéo

Action, science-fiction, émotion : l'expo consacrée à Last Man à Angoulême montre bien toutes les facettes de leur série. Elle est aussi interactive : les visiteurs peuvent jouer au jeu vidéo Last Fight, se faire photographier à côté de ses personnages, publier leur fan-art (leurs propres dessins d'après Last Man) et voir le premier épisode de leur série télé, qui sera diffusée sur France 4. Cette étiquette "transmédia" qu'on leur colle, Vivès est le premier à en rire : "Ça existe depuis les années 80 ! Quand on regardait Dragon Ball, on pouvait ensuite jouer au jeu vidéo sur Megadrive, on n'a rien inventé de nouveau."

En revanche, tous les trois insistent là-dessus, le cœur de leur œuvre, ce sont leurs héros : Richard, Adrian, Marianne. "La force du manga, ce sont les personnages", conclut Vivès. "Quand on en a un bon, on peut vivre longtemps avec. Regardez 'Ponyo' de Miyazaki : le scénario est très mauvais, et ça donne pourtant un chef-d'oeuvre." On les verra vieillir, mais pas trop longtemps : "On s'arrêtera au tome 12, où on apprendra qui est ce Last Man. Après, on se réunira pour faire le point, et si on est encore chauds, on verra quelle forme ou quelle suite donner."

Vient de paraître : Last Man, tome 8, Casterman, 204 p., 12,50 euros.

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