Biologie, physique, scatologie... Le professeur Moustache, votre personnage, ne manque pas de sujets à traiter dans le monde merveilleux de la science !
Ça n'arrête jamais, les scientifiques inventent tous les jours des trucs impossibles. Je dois toujours trouver des choses originales, aller plus loin pour me surprendre aussi moi-même, parce que j'en ai vu, des vertes et des pas mûres dans les labos... Sans être blasée, j'ai acquis une grande tolérance vis-à-vis du trash, et parfois je suis tellement dedans que je ne m'en rends plus compte. En tout cas, je me documente beaucoup, c'est ce qui prend le plus de temps.

Toute recherche scientifique est-elle bonne à vulgariser en BD ?
J'essaie d'alterner, de ne pas faire que de la biologie. Il y a des sujets où l'on entre plus ou moins vite dans le vif du sujet : tout le monde a une tête, tout le monde connaît les greffes, donc on peut très vite parler de greffe de tête. En revanche, en physique, en génétique, tout le monde n'a pas les mêmes bases. Les molécules, les particules, ça demande une introduction, il y a des domaines où il faut rappeler des choses. J'essaie de ne pas éviter ces sujets même s'ils sont plus compliqués.

"J'en ai vu, des vertes et des pas mûres, dans les labos."

Votre travail est-il validé par les chercheurs que vous rencontrez ?
Le problème des visites, c'est qu'elles prennent beaucoup de temps : il faut trouver un créneau avec les chercheurs, puis il faut qu'ils soient très réactifs dans leurs corrections. Je dessine une histoire par mois, en plus d'écrire la saison 2 de Tu mourras moins bête pour Arte. Aujourd'hui, j'ai davantage de propositions venant d'institutions, qui ont compris que la BD aide à expliquer, à vulgariser. Un biomécanicien que j'ai rencontré (cf. le tome 4) m'a proposé d'être cobaye, j'ai dit OK, à condition de ne pas avoir à me déshabiller, et ça fait six mois que je me demande si je vais avoir mal ! Enfin, ils font attention, ils ne font plus n'importe quoi comme au XIXe siècle.

Vous avez testé le vol en apesanteur. A quand l'espace ?
Je planche là-dessus, j'ai rencontré un astronaute qui va bientôt partir pour l'espace, eh bien je peux vous dire que je serais éliminée d'office... Je suis auteur de BD, mon but c'est d'avoir peur de tout et de m'inventer des scénarios catastrophe ! On m'a proposé d'assister à une autopsie : je veux bien si c'est un cas pas trop décomposé... J'ai une sorte de fascination tout en étant un peu trouillarde, et je suis souvent surprise par ce qu'on me propose, parce que je me dis que je n'ai pas le droit d'être là. Et finalement, ça me fait marrer de me retrouver dans le labo sécurisé de l'Institut Pasteur, entourée de virus...

"Un biomécanicien m'a proposé d'être cobaye, j'ai dit OK, à condition de ne pas avoir à me déshabiller !"

30 auteurs éligibles pour le Grand Prix, zéro femme : qu'avez-vous pensé de cette polémique autour du sexisme supposé au Festival d'Angoulême ?
C'est comme dans tous les domaines, on peut donner plein d'exemples de remarques bêtes et sexistes. En revanche, ce qui était un peu choquant ici, c'est qu'on avait affaire à une institution, le FIBD, dont le rôle est de représenter un univers à l'échelle internationale. Et puis, il n'était pas limité dans le nombre de nominés. Moi, ça me fait de la peine pour les futures générations : je me mets à la place d'une jeune femme qui voudrait faire de la BD, et qui peut être intimidée par un milieu où il n'y a que des hommes. On doit les encourager, quitte à passer par un coup de force.

Le problème est-il réglé ?
Ça me rend un peu triste mais j'ai l'impression que Franck Bondoux (délégué général du Festival d'Angoulême, ndlr.) n'a pas compris notre démarche. Nous, on voulait avoir le choix, la liberté de choisir ou non une femme pour le Grand Prix. En revanche, les confrères sont de notre côté, et ça, c'est chouette. Enfin, le Grand Prix soulève toujours beaucoup de questions et de débats ! Il y avait déjà eu des histoires quand un mangaka (Katsuhiro Otomo) a été élu... Il y en aura bien d'autres l'an prochain.

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