Avec ses lunettes vintage, sa chevelure noire rétro et ses tatouages, Nicole J. Georges a un faux air d'Amy Winehouse. Mais cette Américaine de 34 ans a d'autres passions que le chant et les nuits alcoolisées : "Je suis végétarienne et je m'intéresse à la vie émotionnelle des animaux." Elle détonne un peu, et c'est tant mieux.

La polémique du festival : "Ridicule"

Son album "Allô, Dr Laura ?" est largement autobiographique : dans un trait en noir et blanc d'une finesse extrême, elle raconte ses "expériences de féministe queer qui vit à Portland". Des expériences où ses conquêtes n'arrivent pas toujours à la cheville de ses chats, chiens et poules, et qui cachent une histoire plus dramatique : celle de la recherche de son père, qui n'est peut-être pas mort comme on le lui a toujours dit. Animaux, famille, amours compliquées : on ne s'étonne pas que Nicole J. Georges convoque comme influences la primatologue Jane Goodall, les auteurs de comics underground Lynda Barry et Phoebe Gloeckner, ainsi que John Waters.

En tant que féministe, la polémique autour de la sélection au Grand Prix d'Angoulême a fait bondir Nicole J. Georges : "C'était ridicule. Les femmes créent des bandes dessinées. Tout comme les homos et les gens de couleur. Quelles que soient les personnes en charge de remettre des récompenses, d'organiser des conventions ou de publier des œuvres, c'est seulement leur point de vue que l'on voit. Ce n'est pas parce qu'ils ne font pas attention à nous que cela signifie que nous ne sommes pas là, à créer d'incroyables œuvres d'art !" Elle se sent "redevable" vis-à-vis de ceux qui ont appelé au boycott : "Je suis heureuse de voir que ça a eu un retentissement public aussi énorme, contrairement au sexisme insidieux, rampant comme il l'est généralement."

Les dessinatrices US aussi victimes de clichés sexistes

Elle-même a été victime de ce sexisme vis-à-vis des femmes auteurs de BD, particulièrement aux Etats-Unis où les comics volent la vedette aux productions indépendantes et aux romans graphiques : "Mon travail a été traité avec condescendance par des journalistes hommes qui l'ont qualifié de 'sentimental' ou de 'mignon' pendant des années, sans qu'ils aient aucune considération pour leur véritable sujet. C'était dû à mon statut de femme." Avant d'ajouter : "Aux Etats-Unis, les femmes auteurs de BD ont des réseaux qui leur permettent de communiquer et de s'encourager. Mais on trouve toujours des articles qui expriment une grande surprise, comme quoi les filles aussi lisent de la BD ! On l'a toujours fait, car nous sommes des êtres humains qui savent lire."

Le milieu de la BD américaine évolue peu à peu, mais pour en finir avec la mauvaise foi, Nicole J. Georges a sa petite idée : "Je voudrais lancer une association féministe internationale dans la BD, appelée Femanata. Comme les Guerilla girls ou les Riot grrrrls. Un mouvement positif, qui nous permettrait de nous soutenir les unes les autres. Nous sommes toutes des alliées."

"Allô, Dr Laura ?" de Nicole J. Georges, Cambourakis, 260 p., 26 euros.

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