Paul au parc, Paul a un travail d'été, Paul dans le métro... Depuis Paul à la campagne, en 1999, le Québécois Michel Rabagliati a signé la plus attachante des séries BD, largement autobiographique, racontée dans le désordre chronologique. Le jovial auteur capte toutes les subtilités des différents âges avec un dessin faussement naïf et un délicieux parler local. Son album le plus couvert de prix, Paul à Québec, a été adapté au cinéma par François Bouvier : les festivaliers d'Angoulême ont pu assister à une projection de ce joli film pas encore distribué en France.

Un jour, j'ai vu le film Histoires d'hiver, de François Bouvier, et j'ai été charmé", explique Rabagliat. "Je me suis dit que si un jour Paul devait apparaître au cinéma, ce serait bien que ce soit lui qui le réalise. J'ai donc mis deux BD dans une enveloppe brune, avec une petite lettre très naïve, et Bouvier m'a téléphoné, très enthousiaste, en parlant très fort avec son gros accent !" Les deux hommes ont sympathisé, et au moment où ils commençaient à élaborer un scénario, un producteur les a appelés au bon moment. "Ils préféraient adapter Paul à Québec, ce qui est plutôt audacieux parce que c'est quand même l'histoire d'un gars qui meurt !"

Un film familial fidèle à la BD : bourré de tendresse

Disons que c'est l'histoire d'une famille unie, heureuse, face à un drame tristement courant, celui de la perte d'un grand-parent. Un sujet qui pourrait être plombant si la tendresse et la générosité de Rabagliati, qui imprègne chaque page de ses albums, ne se retrouvait pas fidèlement retranscrite à l'écran. François Létourneau incarne un Paul idéal, aussi candide que son double de papier, entouré d'acteurs qu'on a tous envie de prendre dans ses bras à la fin de la projection.

"Ça ne m'a pas donné envie de faire d'autres adaptations", concède Rabagliati, "mais c'était une formidable expérience. J'ai assisté au tournage, j'apparais même dans le film comme Hitchcock, avec ma vraie chorale de Montréal, les Voix Ferrées !" La main qui dessine en gros plan, c'est aussi la sienne, et il a signé le beau générique animé. Autrement, l'animation ne le démange pas du tout : « J'ai des amis qui passent 28 ans sur un film d'animation qui dure deux minutes, alors non ! Moi, mon art, c'est la BD. Je préfère être seul maître à bord, avec mon petit papier et ma petite tasse de thé, c'est le bonheur." Bonheur à partager dans son tout nouveau Paul dans le Nord, l'un des meilleurs de la série, sur son adolescence pendant les Jeux Olympiques de Montréal en 1976. "Je pense en avoir terminé avec la jeunesse de Paul, précise l'auteur. Dans le prochain, je pense qu'il aura mon âge. Il est dans ma poche, en morceaux : ce sont de petites idées que je note dans un calepin."

Paul dans le Nord, de Michel Rabagliati, éditions La Pastèque, 180 p., 23 euros.