Pourquoi le CSA a-t-il souhaité mener cette étude sur la consommation médias des 15-24 ans ? Et qu'en retenez-vous ?
Le CSA ne veut pas seulement réguler mais comprendre le secteur. Et le seul moyen, c'est de dresser un état des lieux. Nous l'avions fait pour la télé-réalité et la fiction télé. Cette fois nous souhaitions analyser le comportement des jeunes Première confirmation : les 15-24 ans passent leur temps à consommer les médias, en moyenne 50 contacts par jour, que ce soit pour une seconde ou trois heures. Ensuite on constate qu'ils sont 24h sur 24 sur leur portable, de 7 heures du matin au coucher... mais qu'ils ont une approche multi-tâches : au même moment ils écoutent la radio, consultent leur mails sur leur ordinateur et envoient des SMS.
 
Leur portable, justement, devient leur premier support de consommations des médias, devant la télévision (26% contre 20%, source Médiamétrie 2013). Les chaînes doivent-elles en tirer les conséquences ?
Pas nécessairement car on s'aperçoit que l'essentiel des conversations des jeunes sur Internet portent sur des programmes qu'ils ont vu à la télé. Ce ne sont pas des univers qui s'opposent. De la même manière les chaînes d'humour qu'ils consultent le plus sur Youtube sont des choses qu'ils ont souvent découverts avant sur leur petit écran. Il existe une réelle porosité entre les deux supports.
 
Avec la multiplication des écrans, le CSA peut-il vraiment tout visionner, tout contrôler ?
Attention, le CSA sait qu’il n’y a pas de mur infranchissable. Simplement il est là pour dire aux gens qu'il existe des règles, comme la signalétique des programmes télé. Seulement aujourd'hui la télé est un espace de sécurité. Internet ne l'est pas. Libre aux parents de ne pas fournir une connexion à leurs enfants. Et aux plus jeunes de transgresser les interdits.
 
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Il y autre chose à proposer aux jeunes que la télé-réalité"
 
Dans ce contexte que pensez-vous du buzz autour de la "bifle" infligée par un candidat des Anges de la télé-réalité à une autre participante ?
La séquence en question représente un comportement tout à fait inacceptable et dégradant. Je tiens à préciser que ces images n'ont pas été filmées par les caméras de l'émission mais par l'un des participants, invité, qui les a ensuite posté sur son blog. On ne peut donc ni accabler le diffuseur, NRJ12, ni le producteur, La Grosse Equipe de Jérémy Michalak. Pour autant nous regardons avec attention la façon dont les candidats de télé-réalité sont traités sur les tournages. Ce qui a conduit par le passé à la création de la "salle CSA" dans certaines émissions comme Star Academy ou Secret Story. Sans parler des chartes signées par certains producteurs de télé-réalité. Sur la base ces engagements, il faudrait que les participants eux-mêmes sachent qu'ils ont des droits et des devoirs.
 
L'an dernier une polémique vous a opposé au réalisateur Xavier Dolan, qui avait réalisé le clip College Boy d'Indochine. A quoi sert d'en demander la diffusion après 22 heures à la télé lorsque ce genre de contenu est de toute façon visible à toute heure sur Internet ?

Mais si on ne disait rien, ça deviendrait la norme ! Vous citez le clip de Xavier Dolan, mais le CSA est confronté tous les jours à des contenus "extrêmes", diffusés à des heures de grande écoute. Et effectivement, on peut les voir sur Internet, comme par le passé on les découvrait sur des cassettes vidéo. Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'il y a des choses qu'un enfant de 11 ans ne s'attend pas à voir à 18 heures à la télé, en rentrant de l'école. La France ne fait pas exception et le clip que vous citez n'a pas été diffusé en journée au Québec, par exemple.
 
Cet été Secret Story revient sur TF1 et Nabilla aura une quotidienne sur NRJ12. Allez-vous regarder deux fois plus la télé ?
Nous allons être attentifs à ces programmes et aux avis des téléspectateurs, comme le reste de l'année. Nous, conseillers du CSA ne sommes pas directeurs de programmes des chaînes. Ce serait une forme de censure, d'économie dirigée. Mais nous pourrions prochainement réunir les producteurs et éditeurs de programmes télé afin de se demander s'il n'y a pas autre chose à proposer aux jeunes. La question se pose également pour la fiction, lorsqu'on s'aperçoit de l'omniprésence des séries télé américaines dans la consommation des jeunes. Le succès de programmes courts comme Soda prouvent que c'est possible.