La vingtaine, le torse glabre, le regard d’ange… Un homme ouvre les yeux dans les entrailles d’un bloc opératoire. La lumière l’agresse, ses paupières soliloquent. Autour : une femme - incarnée par Carrie-Anne Moss, la Trinity de Matrix -, qu’il appelle « maman », un certain Victor et quelques aides soignants. C’est sur ces images cliniques que s’ouvre Frankenstein, nouvelle et énième variation autour du mythique récit de Mary Shelley. Son réalisateur, le britannique Bernard Rose (lauréat du Grand Prix de l’Etrange à Avoriaz en 1989 pour Paperhouse), a choisi d’adopter pour sa revisite le point de vue du monstre.

Ambitieux mais déceptif 

Contrairement à la grande majorité de ses prédécesseurs, la créature prend ici l’apparence d’un humain parfaitement constitué, si ce n’est que ses traits adultes masquent un comportement d’enfant. D’abord heureux, l’étrange corps (faussement) médical déchante à mesure que leur création se mue en aberration physique, laquelle est capable d’accès de violence aux issues intensément sanglantes. Grâce à une voix off qui habite la chair du film, de la première à la dernière image, le monstre de Victor Frankenstein va ainsi consigner ses pensées, ses craintes, ses peurs au gré d’un cheminement riche en rencontres, brutales comme lumineuses. 

D’ambition, Frankenstein n’en manque pas. Son approche originale, plaçant le spectateur dans l’antichambre du rejeton rejeté, donne à vivre la solitude de cet être moqué pour sa différence, et rappelle ô combien il demeure l’un des plus probants portevoix de toutes les formes de marginalité. Ce message, plutôt bien véhiculé, se heurte hélas à un scénario sans grande surprise qui promène le héros défiguré - mention spéciale pour un maquillage de qualité - dans une kyrielle de situations attendues. Il y a en effet un écart incompressible entre les intentions intellectuellement louables du cinéaste et leur concrétisation visuelle trop boiteuse. Dommage.