Et si Trent Reznor était devenu un rockeur normal ? Le leader de Nine Inch Nails, 48 ans, a en tout cas bien changé depuis l'époque cafardeuse de The Downward Spiral, album culte de l'année 1994. Inventeur d'un genre musical à lui tout seul – le rock industriel à tendance mélancolique, ce musicien à tout à faire – chanteur, guitariste, claviers, producteur – est de retour cette semaine avec Hesitation Marks, le huitième opus de son groupe à géométrie variable, le premier depuis le break entamé en 2009.

Quatre années riches en changements, aussi bien personnels que professionnels. L'ex-prince des ténèbres, guéri de ses addictions diverses grâce aux conseils prodigués par David Bowie, a épousé la chanteuse Mariqueen Maandig, avec laquelle il a eu deux enfants, Lazarus Echo, 3 ans, et Balthazar, 2 ans. Ensemble, ils ont également monté un groupe electro, How to Destroy Angels, en trio avec le musicien anglais Atticus Ross. Bref on est loin de l'époque où le brun ténébreux flirtait avec la mort en susurrant "Hurt", sa magnifique ballade, reprise par le regretté Johnny Cash.

Des scènes rock au tapis rouge des Oscars

Et puis l'ancien complice de Marilyn Manson est devenu une star de cinéma grâce à sa collaboration avec David Fincher. A la clé, un Oscar et un Golden Globe pour la BO minimaliste de The Social Network, puis une nomination aux Golden Globes pour celle, plus inquiétante, de The Girl With The Dragon Tatoo. Les fans de la première heure ont du halluciner en voyant leur idole en smoking sur les tapis rouges... Autant dire qu'on est presque étonné, et à vrai dire ravi de le retrouver dans la peau du (simple) chanteur.

Enregistré par petits bouts au cours de l'année écoulée, Hesitation Marks est davantage une suite directe de l'atmosphérique Year Zero, sorti en 2007, que de l'enragé The Slip, diffusé gratuitement sur le net l'année suivante. Les guitares s'y font plus discrètes, au profit de beats électro et de bidouillages insolites, plus proches des savants fous de Matmos que des saillies brutales des derniers Ministry. Ce qui ne veut pas dire que Nine Inch Nails a viré mollasson, loin de là.

Un musicien éclectique, en dehors des catégories

Des titres comme "Copy of A" ou "Came Back Haunted" avancent en trompe l'oeil, déployant tous leurs trésors au fil des secondes, passant du calme à la tempête pour mieux désorienter l'auditeur. Sur "All Time Low" et "Disappointed", Trent Reznor renoue avec le funk bizarroïde de "Closer", l'un de ses plus gros tubes, tandis que de vraies fausses ballades comme "Find my Way" et "Various Methods of Escape" confirment les talents de mélodiste de leur auteur.

Avec Hesitation Marks, Trent Reznor tourne définitivement la page de ses années torturées. Les puristes en seront peut-être frustrés. Mais ce nouveau disque s'impose comme une synthèse parfaite du travail du musicien, sur le devant de la scène depuis la fin des années 1980. Et qui, en s'enrichissant sans cesse de nouvelles expériences, sans avoir jamais cédé aux modes, reste l'un des artistes les plus passionnants de sa génération.

Hesitation Marks, de Nine Inch Nails (Columbia). Disponible depuis le 3 septembre.