...IAM c'est vraiment votre dernier album ?
Kephren : En termes de contrat, on est chez Universal. C'est le dernier album signé, donc il ne peut pas y en avoir un autre.

Shurik'n : L'envie, la passion et l'amour de la musique restent ! On continuera à en faire. Et on est toujours sur scène.

Akhenaton : Pour nous, la réalité est floue. Si on ne signe pas à nouveau avec Universal, je nous vois mal partir en indépendant. C'est pour les jeunes débutants ! Si on le faisait, pensez-vous vraiment qu'on aurait le budget pour monter 2-3 semaines de promo d'un album, aller à Paris, rester à l'hôtel ? Pensez-vous qu'on aurait le budget pour faire 9 clips comme sur Arts Martiens ? Quels seraient les commentaires sur Internet ? Les gens collent vite une étiquette de loser.

Etes-vous à la recherche d'une autre major ?
S : Pour l'instant, on ne cherche pas. On est sur la route.

Imhotep : On est réaliste. On a un vieux contrat, qui a été modifié au cours des années. Aujourd'hui, il est extrêmement élevé. Aucun artiste ne pourrait y prétendre. Si aujourd'hui, un artiste qui débute devait signer un contrat avec une maison de disques, il aurait un taux de royalties 4 fois inférieur au notre. Je ne pense même pas qu'on pourrait le renouveler, en termes de budget marketing, de confort de travail. Il faudrait chanter en anglais et s’appeler Shakira. Dans le marché francophone, c'est impossible. On continuera de travailler sur des projets différents, des spectacles à partir duquel on pourra extraire un disque. Pour l'instant, c'est notre dernier album sous cette forme.

''Le véritable dernier album d'IAM est Arts Martiens''

Pourquoi avoir sorti cet album 8 mois seulement après ''Arts Martiens'' ?
A : Il a été enregistré en même temps qu'Arts Martiens. Ce sont des restes du même enregistrement. Il y a des titres d'Arts Martiens, qui auraient pu se retrouver dans ce disque et inversement.

Kheops : On parle de ce nouveau disque, mais le véritable dernier album d'IAM est Arts Martiens. Celui-ci est un bonus. Il sort parce que Def Jam a bien voulu et que les fans ont adhéré au précédent. On en a vendu 100 000 exemplaires. Si on avait vendu 20 ou 30 000 albums, celui-ci n'aurait jamais vu le jour.

A : L'autre jour, j'ai compté dans l'ordinateur le nombre de morceaux résidus, albums solos et d'IAM confondus. On avait quasiment 150 morceaux non sortis. Il y a toujours des chutes dans un album. On était parti pour sortir L'école du micro d'argent en version US. On avait enregistré quasiment 15-16 titres en américain. Ils ne sont jamais sortis et pourtant, ils existent. Ce que dit Kheops, c'est qu'on est soumis au succès et au bon vouloir de notre producteur parce que nous ne sommes pas propriétaires des disques que l'on enregistre. Ils font ce qu'ils veulent.

Le premier single extrait est ''Si j'avais 20 ans''. Etes-vous nostalgique de cette époque, de vos débuts ?
A : Il y a toujours une part de nostalgie, mais le morceau en lui-même n'est pas nostalgique. On s'est juste demandé : ''que ferait-on aujourd'hui si on avait 20 ans ?'' Et dans nos paroles, on dit qu'on ferait strictement la même chose.

S : Avec les moyens actuels, on en ferait même plus. A notre époque, il n'y avait pas autant de moyens. Il n'y avait pas Internet.

A : Je pense que si on avait 20 ans, on bougerait. On avait déjà la bougeotte. On partait tout le temps à New York, sachant que le prix des billets était exorbitant dans les années 80. C'était une expédition. Maintenant avec toutes ces facilités, IAM serait dans les aéroports du monde entier.

S : On ferait un rap mondial.

''On est toujours victime de ces clichés négatifs''

Que pensez-vous de la scène rap en France ?
Kephren : Elle n'est pas assez exposée.

I : Il y a des artistes qui tournent toute l'année et vendent des disques, comme nous, mais qui ne passent jamais en radio. Il n'y a que 2 ou 3 caricatures mises en exergue. Le rap, ce n'est pas ça !

Vous pensez à Booba, La Fouine et Rohff ?
A : On n'a pas du tout les mêmes visions artistiques. C'est du Canada Dry. Ils ont la couleur du hip-hop, ils ressemblent au hip-hop, mais ils n'ont rien à voir. Les gamins, qui se délectent de ça, n'ont strictement rien à voir avec notre culture. Dans les quartiers, il y a de la nuance, les gens ne sont pas tous pareils. Il y a des gens qui aiment les clashes. Ce sont des gens de droite. Ils veulent l'Audi A3, la montre, ils sont dans les bonnes valeurs. Ils se sont bien intégrés. Ils ont coupé le cordon ombilical avec la culture de leurs parents. Ca y est, ils les ont leurs petits capitalistes, acculturés. Ils les ont leurs bons petits français ! Ils ressemblent à la société de consommation française. Et puis, il y a les autres... Arrêtons de résumer le rap à ces chiffonnades. Des clashes, il y en a eu, il y en a et il y en aura encore.

Pensez-vous que tous ces clashes entachent l'image du rap ?
I : Ça verse de l'huile sur le feu et ça amène de l'eau au moulin des médias et des hommes politiques, qui prétendent que le rap est une musique pour les Noirs et les Arabes, dans les quartiers pourris, et que ce sont des méchants, des kaïras armées. Ça fait 25 ans qu'on essaie d'écrire des textes constructifs et d'élever le débat, et on est toujours victime de ces clichés négatifs.

''La peur est devenue le meilleur outil de communication''

En parlant de clichés négatifs, comment vivez-vous que Marseille soit, en ce moment, pointée du doigt pour sa violence ?
I : Cette violence a toujours existé. Elle était même pire avant. Récemment, Akhenaton a ressorti des statistiques des années 80, où l'on voit que les morts par armes à feu étaient beaucoup plus nombreuses, pas loin du double, avec notamment beaucoup de meurtres de policiers. A Marseille, c'est une chose, mais en Corse, c'est le double. En Guadeloupe, c'est le quadruple. A Saint-Martin, qui est à moitié un territoire français, c'est 10 fois plus qu'à Marseille. On n'en parle jamais.