Lire, c’est voyager. Un voyage immobile. Dans les tréfonds de l’âme humaine ou très loin, vers un ailleurs inconnu que l’on hâte (ou peur) de découvrir. Surtout quand on plonge dans le noir. Le bon roman noir, comme celui de Sandrine Collette, Il reste la poussière (éditions Denoël), sorti il y a quelques semaines. Après nous avoir embarqué dans la campagne française, dans les montagnes et dans des vignobles champenois, elle nous propose cette fois de nous transporter en Patagonie. C’est loin l’Argentine ? Tais-toi et souffre, pourrait-on dire en refermant ce petit bijou de noirceur. Mais le plus effrayant dans tout cela, c’est qu’on a pris du plaisir à souffrir…. C’est grave, docteur ?

► C’est qui ?
Sandrine Collette commence à être bien connue dans le monde, plutôt masculin avouons-le, du polar français. Née en 1970 à Paris, armée d’un master en philosophie et d’un doctorat en science politique, elle a été chargée de cours à Nanterre puis consultante dans un bureau de conseil en ressources humaines. Elle débarque avec grand bruit dans le roman noir en 2013. Des nœuds d’acier, son premier roman, obtient le Grand prix de la littérature policière, l’une des plus importantes distinctions du genre. Elle publie depuis un roman par an : Un vent de cendres en 2014 et Six fourmis blanches en 2015. Tous chez Denoël, dans la collection mythique qui accueillit notamment Boileau et Narcejac, Sueurs froides. Avec ce quatrième roman, elle s’installe définitivement comme l’un des grandes dames du noir en France.

► Ça parle de quoi ?
La Patagonie au début du siècle dernier. De grands espaces, des troupeaux, des élevages de plus en plus grands. Des petits propriétaires qui se font racheter par des plus gros. Et puis il y a la mère. Celle des jumeaux Mauro et Joaquín. Celle d’Esteban, qui ne parle pas. Et celle du petit dernier, Rafael. Si rachitique que les autres en ont fait leur souffre douleur. Elle dirige son élevage de bœufs et de moutons avec l’aide, notamment du grand Mauro, sans qui rien ne fonctionnerait depuis que leur père s’est fait la malle. Car elle, elle est plutôt portée sur la bouteille et le jeu. Un soir, elle perd l’un de ses fils au poker. Joaquín. Le début de la fin. Ou, pour Esteban, peut-être l’espoir de s’en sortir. En attendant, il se réfugie auprès de son cheval et de son chien.

► Pourquoi on aime ?
Avec Il reste la poussière, Sandrine Collette confirme une nouvelle tendance dans le noir hexagonal, en compagnie d’autres auteurs comme Franck Bouysse (Plateau, à La Manufacture des Livres et Grossir le ciel au Livre de Poche). La poussière de Collette, c’est celle qui est dehors, balayée par le vent, qui enveloppe sa vision plutôt pessimiste du monde, des relations humaines… Des personnages froids, durs, pour la plupart, mais si bien campés. On se prend à aimer le petit Rafael, à vouloir l’aider. Une écriture ciselée, précise, sans fioritures, qui prend aux tripes, qui fait mal. Sandrine Collette n’a pas son pareil pour nous décrire les gens, les pires comme les moins pires, les bourreaux comme les victimes. Elle est passée maître en cruauté. Elle ne laisse aucun répit au lecteur. On a du mal à respirer jusqu’à la fin où une petite lueur d’espoir apparaît. Ou pas en fait. Il faut la lire pour le savoir…

>> Il reste la poussière, de Sandrine Collette. Éditions Denoël, coll. Sueurs froides, 304 pages, 19,90 €

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