On l'annonçait sur le déclin, et voilà que Booba nous livre peut-être son tout meilleur album. Un 6e opus très sombre, où le rappeur s'aventure dans des contrées inexplorées, mêlant musiques enivrantes et textes percutants jusqu'à la fusion. Entretien avec un pionnier plus à la pointe que jamais.

Pourquoi "Futur" ?
Parce que le concept de l’album, c’est de déclasser la concurrence de manière fulgurante, hausser le niveau au point de me retrouver sur une autre planète. C’est à la fois pour dire que je suis en avance et que eux sont en retard, vu que c’est moi qui les renvoie au Moyen-Âge.

Eux, c’est le rap français ?
Oui, les rappeurs français, à force de ne plus écouter de rap américain, ont créé leur propre rap. Eux sont peut-être heureux avec ce qu’ils font, mais pour moi ce n’est plus du rap. Quand je les écoute, j’ai souvent l’impression d’entendre ce que je faisais à mes débuts, en moins bien.

Qu’est-ce qui distingue ce disque de vos précédents albums ?
Musicalement, c’est le plus pointu. Il y a beaucoup de flows différents, chaque morceau est vraiment singulier. J’ai voulu fusionner les mots avec la musique. J’ai beaucoup plus travaillé sur cet album que sur les autres. Parce que j’estime être arrivé à un tournant de ma carrière. C’est lié à mon âge (36 ans en décembre, ndlr) et à l’arrivée d’une nouvelle génération de rappeurs. En tant qu’ancien, je me dois de prouver que je suis toujours là. J’ai donc puisé un peu plus dans mes réserves. J’avais encore plus envie d’écraser tout le monde que d’habitude.

D’où est venue l’envie de faire un morceau reggae ?
J’étais à la salle de sport, près de chez moi à Miami. Mon coach a mis un son, juste un instrumental. Et, naturellement, ça m’a inspiré, j’ai écrit d’un trait. De là, j’ai téléchargé illégalement la chanson. (rires) A l’origine, je voulais demander les droits pour récupérer cet instru, mais ce que j’avais écris ne collait finalement pas vraiment. Alors j’ai passé commande auprès d’un producteur, ce que je ne fais jamais normalement… Je suis très fan de reggae, autant que de rap. Mon artiste préféré, c’est Bob Marley.

Ce Jimmy, c’est un peu vous, non ?
C’est vrai que ce personnage a la même personnalité que moi. C’est un rebelle, qui choisit rapidement de ne pas courber l’échine. Il sait que c’est la guerre, il n’attend pas de se manger trois gifles pour arrêter de tendre la joue. Mais c’est surtout l’histoire d’un immigré. Je veux dire que j’en connais plein, des Jimmy. Des mecs qui viennent du bled et qui se retrouvent à vendre du crack à Stalingrad.

Il y a aussi beaucoup de refrains chantés dans ce disque…
J’ai toujours trouvé les mélodies et écrit les paroles pour les chanteurs avec qui je posais. Le vocoder (outil qui transforme la voix, ndlr) m’a permis de pouvoir les interpréter moi-même, de me transformer en Kayna Samet. (rires) Du coup je n’ai plus besoin d’elle. Et j’y prends beaucoup de plaisir. Ce sont de nouveaux univers à explorer.

Comment se passe la rencontre avec Rick Ross ?
Je l’avais déjà croisé à l’Arena de Genève, pour un concert commun. Il savait qui j’étais. Et puis, par connaissances interposées, je l’ai invité à collaborer et il a accepté. C’est l’un des tous meilleurs rappeurs actuels, mais ce n’était même pas un souhait au départ. C’est en écoutant un instru qu’on m’a proposé que j’ai pensé à lui. Je le voyais bien dessus. A partir du moment où tu as les moyens, c’est-à-dire l’argent et le standing, même un Jay-Z devient accessible.

Vous avez eu des propos très durs à propos de Diam’s…
Elle n’a pas assumé l’argent et la célébrité. Et elle est devenue parano. Si elle a pété les plombs, c’est qu’elle n’était pas faite pour ça. Déjà qu’elle passait son temps à se plaindre avant…

Vous ne lui avez jamais trouvé le moindre talent ?
Ses textes sont bien ficelés, mais ils ne sortent pas du cœur. Elle se faisait passer pour la meuf de cité qui essaie de s’en sortir... A l’écouter, il n’y a que des viols et des tournantes dans les quartiers. Où est-ce qu’elle vivait, elle ?

Qu’est-ce qui vous ferait arrêter le rap, vous ?
Je serai arrivé au bout quand je ne serai plus inspiré, que je n’aurai plus l’envie d’être numéro 1. Mais avec les Américains qui poussent jusqu’à plus de 40 ans, j’avoue que maintenant, je ne sais plus où est la limite.

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