Pourquoi avoir mis huit ans à donner un successeur à Human After All ?
T.B. : Parce que nous étions très occupé. Il y a eu deux ans de tournée, le Alive Tour. Notre film Electroma est sorti en 2006. En 2009, on a travaillé sur la B.O de Tron : l'héritage (sorti en 2010 par les studios Disney, ndlr) avec un orchestre en studio, pour la première fois. Cela nous a influencé pour la production de Random Access Memories, que l'on a entamée fin 2010 début 2011.

Comment avez-vous travaillé pour ce disque ?
T.B. : Un peu comme Tarantino fait ses films. Il prend des acteurs d'horizons et d'époques diverses. Comme nous, son univers est plein de références et il crée des combinaisons originales à chaque fois. Nous, on a réuni beaucoup d'artistes, comme Pharrell Williams, le guitariste de Chic, Nile Rodgers, ou encore Panda Bear (du groupe new-yorkais Animal Collective).

Le son est plus chaud, plus "soul" que sur vos précédentes productions…
T.B. : On a cherché à s'inscrire dans notre époque. D'autres font déjà très bien de l'électro énergique, très physique. Avec RAM, nous avons voulu faire de la musique émotionnelle, à une époque où elle manque parfois d'épaisseur et de propos.

"On a remplacé la boite à rythmes par un batteur et un guitariste"

Vos détracteurs diront que le résultat est un peu anachronique. Vous assumez ?
T.B. : On comprend que RAM puisse être un peu déconcertant. En vingt ans de carrière, on a toujours été en décalage ! Notre point de départ cette fois, c'était de prouver qu'on peut encore faire de grands disques, aussi bien à la fois techniquement et musicalement, comme dans les années 60-70. Finalement, entre Around the world (de leur premier album, Homework enregistré chez eux en 1997) et Get Lucky, il n'y a pas tant de différences que ça. On a remplacé la boîte à rythmes par un batteur et un guitariste, en gardant le même style de musique. Les moyens de production sont différents. Au lieu de le faire à la maison, on l'a produit aux États-Unis et en France dans des studios d'enregistrement.

Pourquoi vous intéressez-vous en particulier à ces décennies ?
T.B. : Pour nous, c'est l'âge d'or de la musique ! Les projets étaient ambitieux et populaires. Plein d'excellents musiciens rivalisaient de créativité et d'expérimentations sonores, dans des studios d'enregistrement proches de la perfection.

Lesquels de ces albums vous ont inspirés ?
Guy-Manuel Homem de Christo (qui parle pour la première fois) : Hotel California (des Eagles, ndlr).
T.B. : Off The Wall de Michael Jackson, Dark Side of the Moon des Pink Floyd, Rumours de Fleetwood Mac. En termes de production, des trucs des Beatles aussi. On revient toujours à ces classiques.

"On n'a pas prévu de partir en tournée. Pour le moment"

Comment se sont déroulées vos collaborations avec Pharrell Williams des Neptunes et Nile Rodgers des Chic ?
T.B. : Nile est arrivé en studio avec sa guitare. C'est la même qu'il a utilisée pour les morceaux de Chic, Upside Down de Diana Ross, Let's Dance de Bowie, Like A Virgin de Madonna. Il est un des inventeurs du disco, d'une certaine musique moderne, du rap aussi. Pharrell est un super rappeur et un producteur hors-pair. Mais dans notre album, il montre surtout que c'est un chanteur au top. C'est fou que nous, deux Français blancs, ayons réussi à créer la connexion entre deux icônes de la musique noire américaine.

Pourquoi avoir collaboré avec beaucoup de musiciens qui travaillent pour le cinéma ?
T. B. : On s'en est rendu compte après ! Giorgio Moroder a fait la musique de Midnight Express, Scarface ou Flashdance. Paul Williams de La Croisière s'amuse entre autres. Nous avons toujours aimé travailler sur des musiques de films que ce soit avec Gaspard Noé ou pour Tron : l'héritage. On a toujours fait de la musique de manière très visuelle, très cinématographique. C'est un support pour laisser l'imagination vagabonder, déclencher des images dans la tête.

Votre précédente tournée a laissé un souvenir marquant. Des concerts sont-ils prévus pour RAM ?
T.B. : Aujourd'hui, tout va très vite, on veut profiter et susciter l'envie autour de Random Access Memories. On n'a donc pas prévu de partir en tournée. Pour le moment.