Avec le Star Trek de 2009, vous avez dépoussiéré une franchise un peu ringarde. Quel était le challenge sur ce deuxième épisode ?
La base, c’était de ne pas traiter ce film comme une suite traditionnelle mais comme un "stand alone". En fait nous avons essayé d’oublier les intrigues parallèles, le background des personnages pour aboutir à quelque chose qui n’est pas destiné aux fans de Star Trek à l’origine, ni même du premier épisode. Ce film est fait pour les gens qui ont envie de voir une grande aventure au cinéma, qui ont envie de rire, d’avoir peur, de pleurer pour les personnages. Ensuite, si vous avez vu la série, si vous avez vu le premier film, vous aurez des moments "bonus" en terme de compréhension et de références. Mais le truc le plus agréable pour moi, c’était de ne pas avoir à caster tous les personnages. Car tous les comédiens du premier film étaient géniaux. Le "nouveau", Benedict Cumberbatch, n’a fait qu’élever le niveau. A chaque fois qu’on le filmait, tout le monde sur le plateau était captivé.
 
Star Trek Into Darkness passe de scènes ultra-spectaculaires à des moments très intimes en quelques secondes. Est-ce un équilibre qui s’obtient dès l’écriture, sur le tournage, au moment du montage ?
Ce film est un peu fou. Il y a des personnages qui plongent dans un volcan, des poursuites dans l’espace, dans les rues d’un San Francisco futuriste… Faire coexister tout ça avec des notions de loyauté, d’amour, de sacrifice, de confiance, c’est ça le plus dur. Sur le plateau, on essaie d’aider les acteurs à trouver le ton juste. Le challenge, c’est d’être drôle, mais pas idiot, dramatique mais pas mélo, spectaculaire mais pas épuisant. Il y a des choses sur le papier qui fonctionnent, on les tourne, on les monte et ça marche d’emblée. Parfois c’est tout l’inverse. Il faut tourner plusieurs, remonter, rajouter. Pourtant ce sont les mêmes acteurs, les mêmes équipes, la même histoire. C’est très étrange.
 
Vous avez un exemple en tête ?
Au début du film il y a une scène où Pike retire les commandes de l’Enterprise à Kirk. La fin ne fonctionnait pas et nous l’avons retourné dans les bureaux de Bad Robot (la société de production de J.J. – ndlr). Et ensuite nous avons tourné la scène du bar avec ces deux personnages. Elle n’était pas dans le script, mais on a réalisé qu’elle était nécessaire pour créer une vraie connexion émotionnelle avec les spectateurs.
 
"Star Wars, c’est un monde à part"
 
Est-ce qu’il y a, d’après vous, des ingrédients communs à tous vos projets, qu’ils soient pour la télé ou le cinéma ?
Bien sûr. Depuis que je suis gamin, ce qui compte pour moi c’est l’histoire d’amour. Je ne parle pas nécessairement de quelque chose de sexuel, ou de romantique. Ca peut être l’amour de sa famille, de ses enfants, de son frère, des relations entre un capitaine et son équipe. Parfois c’est évident, parfois c’est plus complexe. C’est LA chose que je dois trouver en premier, mélangée à un truc un peu étrange ou spectaculaire. Et c’est ce que j’aime voir en tant que spectateur. Prenez Le Loup-garou de Londres, de John Landis. C’est à la fois beau et flippant, les personnages sont crédibles et les effets spéciaux très réussis. Pour moi c’est la barre chocolatée idéale.
 
Vous allez désormais travailler sur le prochain Star Wars. Est-ce qu’il y aura donc aussi une histoire d’amour ?
Sans doute, même si je sais déjà que je vais approcher ce projet de manière un peu différente car Star Wars, c’est un monde à part. C’est marrant parce que j’admire le scénariste, Michael Arndt, depuis Little Miss Sunshine. Et ces derniers mois, je lui proposais de travailler avec moi et il me répondait à chaque fois "je ne peux pas, je suis sur un truc". Et puis un matin j’ai lu qu’il faisait Star Wars et j’ai compris (sourire).
 
Où en êtes-vous concrètement ?
Nous n’en sommes qu’aux prémices et c’est difficile d’en parler sinon pour dire que c’est très excitant. Ne serait-ce que parce que je travaille avec des scénaristes comme Michael, Simon Kinberg mais aussi Lawrence Kasdan, qui a écrit L’Empire contre-attaque et Le Retour du Jedi. Faire Star Wars avec quelqu’un qui a fait Star Wars c’est génial, non ? (rires)
 
On vous compare souvent à Steven Spielberg. Vous imaginez-vous faire des films plus dramatiques comme Lincoln ou La Liste de Schindler ?
J’ai certains projets dans les cartons, en tant que réalisateur, que j’espère voir aboutir un jour. Spielberg me fascine par sa faculté à tourner des choses aussi différentes que Munich ou Schindler. S’il fait ça, c’est pour se lancer des défis, tout simplement. Donc oui, j’adorerais tourner autre chose que des grosses franchises. Mais je ne suis pas snob en matières d’idées, peu importe la provenance du moment qu’elles sont bonnes. A vrai dire je voulais enchainer sur une comédie dramatique avant que Star Wars ne me soit proposé. C’est un projet très spécial et j’y reviendrais plus tard.