A l’heure où les buzz musicaux s’enchaînent à la vitesse d’un post sur Twitter, Abel Tesfaye, alias The Weeknd, fait presque figure d’ancêtre d’une génération née sur le net, loin des sombres stratégies marketing des maisons de disques. Rappelons que le prodige canadien, 23 ans à peine, a publié en 2011 trois albums de toute beauté, gratuitement sur son site internet, avant de leur offrir une sortie physique l’an dernier avec le coffret Trilogy, complétée d’une poignée d’inédits.

Après ses premiers pas convaincants sur scène, The Weeknd prolonge sa légende avec Kiss Land, un opus qui séduira les amateurs comme les novices de son électro-pop-soul sensuelle et sophistiquée. Sensuelle parce que la voix d’Abel est toujours au cœur des débats, que son falsetto à la Michael survole une cascade de synthés où qu’il susurre ses love songs futuristes (presque) a capella.

Ambitieux et captivant

Sophistiquée parce que Kiss Land, comme ses prédécesseurs, fait de la superposition des instruments, samples et effets sonores en tous genres une sorte de philosophie – religion ? L’album a beau regorger de mélodies prêtes à fredonner – "Wanderland", "Pretty" – la musique de The Weeknd refuse de se plier aux exigences du prêt à écouter : plusieurs morceaux dépassent allégrement les cinq minutes, les parties instrumentales sont imprévisibles et la vieille structure couplet-refrain-couplet jamais respectée. Curieusement c’est toujours très beau, voire captivant, surtout pas indigeste.

C’est aussi la garantie d’un plaisir sonore durable, chaque piste dévoilant ses petites subtilités à chaque nouvelle écoute, au casque de préférence. Leur auteur ne se classera pas tout en haut des charts comme son copain Drake, invité sur le très bon "Live For". Mais sa production, si elle reste aussi exigeante, devrait lui assurer longtemps sa place entre nos deux oreilles.