Certains destins forcent le respect et l’admiration, apportant un peu de lumière dans les ténèbres les plus noires de notre humanité. Celui du Dr Denis Mukwege est de ceux-là. Pendant 20 ans, ce fils d’un pasteur pentecôtiste a été témoin des atrocités commises dans l’est de la République Démocratique du Congo. Guerre entre pays voisins. Guerre civile. Guerre ethnique. Depuis la fin des années 1990, il a vu crier les armes et tomber les hommes dans cette zone dantesque où les batailles, selon son propre aveu, se passaient sur le corps des femmes.

Gynécologue de formation, le Dr Mukwege a valeureusement choisi de ne pas se débiner de cet enfer. D’y rester, malgré l’éloignement avec les siens, malgré le danger, malgré tout. Son idéal ? Briser la mécanique du viol, qu’il considère comme « une stratégie de guerre bon marché », et réparer les victimes, ces (morts) vivants. C’est sur ce combat homérique que Thierry Michel, grand spécialiste du Congo, est brillamment revenu le temps d’un documentaire crève-cœur où les femmes prennent la parole.

Enfermé et libre 

Devant sa caméra, elles sont nombreuses, les yeux embuées, à commenter l’indicible, posant des mots glaçants à leurs plaies physiques et morales. Blessées dans leurs chairs, pénétrées par des objets contondants, ces éclopées ont, pour la plupart, été exclues de la communauté, de la famille, de la vie. Mais elles n’ont jamais été tout à fait seules puisque, tel un phare dans une interminable nuit, le Dr Mukwege était là, avec son timbre doux, son scalpel réparateur, prêt à restaurer le corps et l’esprit pour faire revivre le sourire.

Dopé par des milliers de guérisons, le héros (extra)ordinaire, salué par le Prix Sakharov ou celui de la fondation Clinton, s’est imposé comme le porte-voix de ses patientes et le feu sacré de multiples associations féministes. Autant adulé que détesté – il a fait l’objet d’une tentative d’assassinat en 2012 –, ce médecin d’une noblesse d’un autre temps vit désormais claquemuré au cœur de son hôpital de Bukavu, sous la protection des Casques bleus des Nations Unies. Mais son aura, elle, continue à faire le tour du monde.  

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