Un plafond bleu et or, peint à la main, rempli d’étoiles et de signes du zodiaque : ce n’est pas Amazon qui accueillerait ainsi ses clients. La "Marcel Proust Reading room", au premier étage d’Albertine, est d’une élégance folle, à l’image de tout le lieu imaginé par le décorateur Jacques Garcia.

Il faut dire qu’Albertine cultive joliment sa différence. Abritée dans un splendide hôtel particulier, entre la Ve avenue et Central Park, la seule librairie française de New York a ouvert en septembre 2014, à l’initiative d’Antonin Baudry, alors conseiller culturel de l’Ambassade de France à New York, que le grand public connaît comme le scénariste de la BD Quai d’Orsay.

Napoléon fascine toujours les Américains

Albertine est pourvue de toutes les nouveautés en romans et essais français, ainsi qu’en traductions : "Le Français est la première langue traduite vers l’anglais, même avant l’espagnol" précise Myriam, libraire. La clientèle est composée d’expatriés français d’une part, et d’Américains francophiles, voire francophones, d’autre part. Ce qui s’est le mieux vendu ? "Les derniers Jean Echenoz, Camille Laurens et Houellebecq ont très bien marché. Mais le plus gros succès, c’est Modiano, l’effet Nobel a été énorme ici. Et vous avez vu notre rayon sciences humaines ?" Philo, histoire, poches et grands formats : on trouve de tout sur les belles tables d’acajou. "Les Américains s’intéressent beaucoup aux philosophes français. À l’Histoire aussi, surtout à la Seconde Guerre mondiale, à l’Ancien Régime… et à Napoléon, il fascine toujours."

Conférences et rencontres en français et en anglais

L’équipe d’Albertine organise également de nombreuses conférences et rencontres avec des auteurs, à l’étage. Le soir de notre visite, on évoquait Miracle de la rose de Jean Genet, en anglais. Encore une chose qu’Amazon n’aura pas… François-Xavier Schmit, le directeur de la librairie, tempère : "Notre principale difficulté, c’est la logistique, il y a un certain temps d’attente pour recevoir les livres, on ne doit donc pas se tromper." Pas d’inquiétude de se faire dévorer par les géants en ligne : "À New York, c’est dans l’esprit du temps, de retourner dans les petites boutiques, les petits restos, les petites librairies…"

"Aux États-Unis, il y a eu une grosse baisse de vente de livres pendant une vingtaine d’années", explique Myriam. "Les librairies ont été avalées par les chaines type Barnes & Noble, qui ont été avalées par Amazon à leur tour. Pendant ce temps, qu’est-ce qui a tenu bon ? Les librairies indépendantes." Contrairement au personnage d’À la recherche du temps perdu, cette Albertine-là n’est pas près de disparaître.

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