On vous présente comme le "pape de la techno française", ça vous énerve ?
Non, parce que ce n'est pas péjoratif. Dans le livre, je me pose la question de savoir qui je suis vraiment. Et je pense être juste quelqu'un d'intègre qui essaye de faire du mieux possible pour arriver à toucher les gens. Je n'ai pas du tout cette démarche de me dire "je suis Laurent Garnier", je me suis toujours vu tout petit. J'apprends toujours.

"Tout petit" ? Après tout ce temps ?
Ceux qui me connaissent le savent, je suis un grand stressé ! Au moment où la boîte se ferme, je ne suis plus étanche du tout. Il y a des moments où je me mets beaucoup de pression et où j'ai du mal a gérer le stress. A chaque fois que je mixe, je ne sais absolument jamais ce que je vais jouer, ni où je vais. Selon l’environnement, le lieu où je suis, je joue toujours différemment.

Après 25 ans de carrière, vous ne vous lassez donc jamais ?
J'adore, je kiffe toujours ! (rires) Le jour où ce ne sera plus le cas, j'arrêterai. Tant que tu fais les choses avec sincérité, ça marche. Et il y a toujours autant de trucs qui m’excitent dans la musique...

Pourtant, dans le tome II, vous tapez fort sur les nouveaux DJ "qui remplissent des stades"...
Ah oui ! Regardez le top 100 des DJ de l'an dernier. C'est tout simplement affligeant...

Mais vous défendez David Guetta pourtant !
David est cohérent dans son parcours. Il a une démarche sincère. Mais elle n'est pas la même que moi. Il aime le gotha, j'aime l'underground. Avec David Guetta, on ne parle jamais de musique d'ailleurs. Je ne pense pas que je pourrais faire un truc avec lui. Je ne pourrais pas faire un truc commercial. Et puis je déteste la pop...

                                            "Je suis parfois quelqu'un de très sombre"

Vous dites également dans Electrochoc II que vous ne vous reconnaissez pas dans "Crispy Bacon" et "The Man with the red face" (deux de ses plus grands tubes, ndlr). Mais dans "Downfall", un morceau beaucoup plus sombre...
J'adore la musique sombre. "Downfall" me ressemble beaucoup. En tant que producteur, j'aime les morceaux urgents, le côté psychédélique. Je trouve que "Downfall" me ressemble plus car je suis parfois quelqu'un de très sombre, comme personne.

Dans le tome 2, vous expliquez aussi pourquoi vous avez quitté Paris, une "ville qui se replie sur elle-même"...
C'était vrai alors, mais Paris n'a jamais été aussi excitante que depuis deux, trois ans, avec cette jeunesse qui en a eu ras-le-bol de payer pour aller dans des clubs minuscules et écouter de la musique de merde. Le problème de Paris, c'est que c'est une ville fermée par le périphérique, qui n'arrive pas à grandir. Paris doit se renouveler et elle commence à le faire. A l'inverse de Londres, qui est en train de sombrer. Paris rebrille, enfin ! Il y a une scène underground énorme. Là, il se passe vraiment un truc.

Il y a treize ans, vous disiez que vous ne vous sentiez pas "musicien"... et aujourd’hui ?
Je me sens plus musicien aujourd’hui qu'il y a dix ans. Jouer à la salle Pleyel m'a aidé à passer un cap. Là, j'avais vraiment l'impression de faire de la musique. Je suis devenu une sorte de chef d’orchestre et je me suis senti super bien dans ce rôle-là.

Après l'Olympia, Pleyel, il y a des endroits qui vous font encore rêver ? 
Ah mais tellement ! Je suis super excité de jouer à Paris pour la Concrete, dans un mois, par exemple. Le Burning Man aux Etats-Unis me fait également rêver, même s'ils sont un peu victimes de leur succès, malheureusement.

Il y a eu le tome I en 2003, puis le II en 2013. Il y aura-t-il un tome III ?
Non, je pense que c'est à quelqu'un d'autre de l'écrire, de le raconter. Pourquoi pas un Gesaffelstein ou un Brodinski ? L'album de Gesaffelstein est merveilleux. Il mérite d'aller loin car il est super intègre et il a une vraie personnalité dans sa musique. C'est comme Boys Noize, ces gens ne mentent pas.

Parlons un peu du film en préparation...
Il s'appelle "Electrochoc" et ce sera la seule chose qu'il aura de la narration du livre. C'est pas un film qui racontera l'histoire de la techno mais sera sur la passion viscérale de la musique. On est en train de discuter du nom du réalisateur et je suis en plein dans la correction du scénario qui est très avancé. On devrait le tourner en 2016.

Un disque bientôt ?
En janvier, je sors un maxi extrêmement "Chicago".