Pas besoin de passeport, la Chine que j'ai visitée ce mardi matin se trouve au bout de la ligne 1 du métro parisien, plus exactement à la fondation Louis Vuitton. Avant d'embarquer pour ce périple dans l'art contemporain chinois, Suzanne Pagé, la directrice artistique de l'institution, nous a fait part de sa sidération pour ''l'évolution ascensionnelle de la Chine qui se repère dans le travail des artistes''.

''Leurs œuvres répercutent les problèmes d'identité accentués par le rythme accéléré que connaît la Chine'', a-t-elle ajouté. Je m'attendais donc à rencontrer une foule de curieux Chinois et de fait, je n'ai pas été déçue du voyage.

Les étranges garçons de Zhang Xiao Gang

Il y a eu tout d'abord cette dame intrigante, sur la vidéo de Hu Xiangqian. Avec son foulard, elle danse heureuse jusqu'à la béatitude au milieu d'un parc, hermétique aux passants et à ses 1,4 milliard de compatriotes. Plus loin, les ouvriers de Yang Fudong m'ont tout autant étonnée. Sur des écrans géants, on les voit s'activer à coups de perceuse et de marteau piqueur sur des chantier qui semblent perpétuels. Mais loin de leur fureur constructrice, la salle plongée dans le noir laisse seulement entendre le silence.

Les petits garçons dorés sculptés par Zhang Xiao Gang ne sont pas moins étranges. Le zizi à l'air, ils affichent tous la même tête. Seule change leur tenue de travail : soldat, paysan ou commerçant, selon le destin choisi par les parents.

Des peintures de cendres

Les paysages sont à l'avenant. Face aux immenses peintures de Zhang Huan, réalisées en cendres collectées dans des temples, la stupéfaction l'emporte. Ses scènes de manifestation nationale ou de travailleurs massés le long d'un fleuve semblent datées de Mathusalem.

A l'opposé, la vidéo de Cao Fei, limite immersive de par sa taille, montre une Chine virtuelle bâtie sur une île où s'entassent vélo, panda, drapeau chinois ou stade olympique dans un joyeux foutoir hyper coloré. Plus loin, dans un autre film, l'artiste revient brutalement à la réalité quand le slogan ''Mon futur n'est pas un rêve'' apparaît tandis que de jeunes ouvriers travaillent sur des composants high-tech.

L'arbre Frankenstein d'Ai Weiwei

La nature n'est pas vraiment ici des plus accueillantes à l'image du ''Tree'' d'Ai Weiwei, une sorte d'arbre Frankenstein composé à partir de bois morts et assemblés par de gros rivets. Pas vraiment envie de faire la sieste en dessous tout comme il ne me viendrait pas à l'esprit de caresser le daim de Huang Yong Ping, le plasticien du prochain ''Monumenta''. Son animal empaillé coupé en deux – la tête reliée au postérieur par un morceau de bois – ferait fuir n'importe quelle Blanche Neige. Reste à espérer que les mutations actuellement en marche en Chine soient un peu moins violentes.

Y aller : ''Bentu'', à la Fondation Louis Vuitton jusqu'au 2 mai, Paris XVIe. Infos : 01 40 69 96 00.

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