Il a un petit côté Highlander, Philippe Hertel. Campé sur son cheval, un rapace posé sur un épais gant de cuir, il scrute au loin les steppes mongoles. En fait de steppes, ce sont plutôt les remparts de Provins, ville médiévale classée par l'Unesco en 2001, où les visiteurs se pressent pour voir son spectacle quotidien, Les Aigles des Remparts. Les acteurs principaux sont des aigles, des faucons, des chouettes, des grand-ducs... Tous choyés dans la grande volière qu'il dirige en tant que fauconnier.

A métier pas banal, formation pas banale : "Il n'existe pas d'école pour devenir fauconnier", explique-t-il dans une cabane où un bébé faucon ouvre de grands yeux noirs, la tête encore couverte de duvet, près d'un frigo plein de souris mortes. "J'ai fait mon service militaire dans une base aérienne dotée d'une section fauconnerie pour protéger le trafic aérien. Comme je suis passionné de rapaces depuis l'enfance, j'ai postulé en 1984 et je suis devenu professionnel."

Employé au ministère de la Défense, Hertel dressait "l'élite des oiseaux de chasse, les faucons pélerins, qui volent à 300 km/h", avant de se reconvertir dans le spectacle. "J'ai monté une première volerie pour les Aigles de Beaucaire. Ça m'a permis de toucher à toutes sortes d'oiseaux, des aigles, des vautours..." En 1993, la ville de Provins a fait appel à lui pour faire une présentation médiévale des rapaces. Il est resté et a monté en parallèle sa société, Vol libre, en 1998, "parce qu'on avait beaucoup de demandes à l'extérieur, pour le cinéma, des clips, des défilés de mode..." Mais aussi "Excalibur" au Stade de France, et des coups d'envoi de matches. La demande ne manque pas.

Dresser et reproduire
Quand il ne se produit pas, Philippe Hertel gère une centaine d'oiseaux. Son équipe et lui les dressent sur un principe simple : "Tous les oiseaux volent pour se nourrir, on les met donc dans cette condition de faim, en les pesant à heure fixe." Mais chacun a son tempérament propre. Là, c'est le feeling du fauconnier qui intervient. "La clé du dressage, c'est l'assiduité. Un aigle comprend vite, en un mois environ. Mais il faut être là tous les jours." Un rapace n'est pas un chien, il ne se roulera pas sur le dos en quête de caresses. "Le côté affectif est à sens unique, mais quand il vous connaît parfaitement bien, ça marche. Il n'y a pas de domestication, ça reste des prédateurs."

Comme un aigle ne s'achète pas non plus sur eBay, Philippe Hertel se sert des techniques de reproduction en captivité qu'il a apprises sur la base aérienne, pour garder une certaine autonomie et ne pas se servir dans la nature. Récemment, il a été le premier en Europe à obtenir une espèce rare à longues pattes, le serpentaire. "On peut non seulement le présenter en spectacle mais ça nous fait aussi une forte monnaie d'échange pour avoir d'autres espèces un peu rares. Le nombre n'est pas important, on veut surtout avoir des oiseaux de choix." Normal quand on possède aussi un dromadaire, deux loups et un âne, tous traités comme des VIP.
 

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