On garde de lui l'image d'un perpétuel sourire d'enfant. Sur ses toiles, Zao Wou-Ki était nettement plus tourmenté : ses visions cosmiques racontaient le vent et les arbres, les fracas et la sérénité, la neige et les aurores boréales, les grondements du tonnerre, mais aussi les silences.

Un monde fugitif, immatériel, qu'il sentait dans sa tête. "Ce qui est abstrait pour vous est réel pour moi", disait Zao Wou-ki, peintre français d'origine chinoise, confiant à quel point la figuration ne l'intéressait pas.

Son premier mot en français : "Montparnasse"

Né le 13 février 1920 à Pékin dans une famille de lettrés, Wou-ki Tsao vient à l'art auprès d'un grand-père féru de calligraphie, qui lui enseigne l'importance du "vide", de l'espace sur la feuille blanche. Mais quand il voit des reproductions d'oeuvres impressionnistes, il comprend qu'il lui faudra briser le carcan de l'encre de Chine pour s'ouvrir à la peinture à l'huile.

Etudiant, puis professeur à l'école des Beaux-Arts de Hangzhou de 1941 à 1947, il rêve de Picasso et de Matisse. Il arrive à Paris en 1948 avec, pour tout mot de vocabulaire français : "Montparnasse". Pétrifié à l'idée de verser dans les "chinoiseries", il est nommé professeur de dessin à l'école des Beaux-Arts... pour sa maîtrise des techniques traditionnelles chinoises.

Lors d'un voyage en Suisse, il découvre Paul Klee, influencé par l'art chinois, ce qui l'aide à concilier sa "peinture des origines" tout en entrant dans l'univers de la peinture occidentale. Membre de l'Ecole de Paris dans les années cinquante, il se lie d'amitié avec Henri Michaux, René Char et André Malraux, dont il illustre de nombreux ouvrages.

Un héritage considérable... et disputé

L'artiste, qui a pris le nom de Zao Wou-ki (il obtiendra la nationalité française en 1964), plonge dans l'abstraction, avec "une écriture imaginaire, indéchiffrable". Une force inouïe envahit ses toiles, où les rouges et les noirs dégagent des impressions telluriques, les verts et bleus des coulées abyssales. Membre de l'Académie des Beaux-Artts depuis 2002, Zao Wou-Ki a exposé dans le monde entier et a cumulé les décorations. Ses toiles atteignent de un à 2,5 millions de dollars aux enchères.

Ces derniers temps, le peintre, qui souffrait de la maladie d'Alzheimer, s'est retrouvé au coeur d'une bataille judiciaire qui déchirait sa famille. Son fils Jia-Ling Zhao soupçonnait sa belle-mère, la conservatrice Françoise Marquet, de l'avoir fait déménager en Suisse à l'automne 2011 pour mettre la main sur une partie de ses oeuvres.