1. Cerner son sujet
Si Lincoln se concentre sur les quatre derniers mois de la vie du président, dédiés aux débats et aux discussions d’alcôve qui mèneront à l’adoption du 13e amendement pour l’abolition de l’esclavage, Steven Spielberg s’intéresse aussi et surtout à l’homme derrière la légende. "Je voulais rentrer dans l’intimité de Lincoln, en saisir l’essence même, explique-t-il. J’aurais pu faire un biopic de la naissance à la mort mais le public n’aurait alors retenu que des noms, des dates, et des lieux, ce qu’en somme il a déjà appris à l’école."

2. Accomplir son devoir de mémoire
La traite d’esclaves dans Amistad, l’holocauste dans La Liste de Schindler, l’asservissement dans La couleur pourpre, le king du box-office s’était déjà attaqué aux périodes sombres de l’histoire, et plus particulièrement à l’oppression des peuples. "Outre le portrait de Lincoln, le thème de l’esclavagisme me tenait à cœur. C’est un épisode douloureux de notre histoire avec un héritage très lourd puisqu’il constitue le fondement du racisme qui sévit encore aujourd’hui. Il est important de témoigner de notre passé pour ne pas reproduire les mêmes erreurs."

3. Choisir un acteur iconique
Qui dit biopic, dit rôle à performance. Et, selon Spielberg, seul Daniel Day-Lewis, caméléon doublement oscarisé, pouvait relever le défi. "Depuis le début du projet, en 1999, je n’ai jamais eu d’autre acteur en tête. Daniel me fait le même effet que Lincoln : il me fascine et m’impressionne." Fidèle à sa réputation d’acteur studieux et investi, le dandy anglais se fond corps et âme dans le personnage, formant un couple aussi habité que tumultueux avec Sally Field qui, alourdie de 14 kilos, enclenche aussi la mécanique actor’s studio. Résultat : une nomination aux Oscars chacun !

4. Rester accessible
Impossible d’être largué devant la leçon de civisme et de politique de Tonton Steven. Pour être certain que tout le monde suive, il se montre aussi didactique que possible, quitte à rabâcher à l’envi le modus operandi pour faire adopter une loi au pays de l’oncle Sam. Pédagogique certes mais un poil rébarbatif. Le roi de l’entertainment a cependant confié les seconds rôles à des "tronches" connues pour nous tenir en éveil. Hélas, si Tommy Lee Jones tire profit du rôle charismatique de l’abolitionniste Thaddeus Stevens, Joseph Gordon Levitt, sexy boy adulé, fait tapisserie en fiston d’Abraham.