Etiez-vous lassée par l’adaptation de vos romans graphiques ? Est-ce pour cette raison que vous vous êtes lancée dans La bande des Jotas ?
Non. Des films comme Persepolis ou Poulet aux prunes nécessitent une vraie réflexion artistique, un gros travail en amont incluant une sorte de gestion de l’entreprise… Ce projet est né de mon envie de faire quelque chose dans la liberté la plus totale. J’ai donc monté une boite de production avec l’argent que j’avais en banque. Vous savez, je pouvais soit m’acheter des fringues, soit faire un film. J’ai choisi la seconde option.

C'est la première fois que vous jouez la comédie. Etait-ce une évidence pour vous ?
Nous ne sommes que cinq à tout gérer sur ce film. Un acteur, il faut le payer, gérer ses déplacements… Cela augmente les frais et je ne pouvais pas me le permettre. Je n’avais d’autre choix que de jouer moi-même dans le film.

Et vous êtes contente de vous ?
Je me trouve insupportable. Dès que je me vois à l’écran, j’ai envie de mourir. Je trouve que ma voix est à chier. Je ne peux pas me voir, mais vraiment !

Comment avez-vous élaboré le scénario ?
On a commencé l’aventure sans scénario. Je voulais juste tuer des mecs en Espagne. Et je savais qu’il me fallait des raquettes de badminton parce que c’est le sport le plus nul qui existe. Le premier mec qui meurt, je l’ai appelé Juan et ça m’a fait marrer. Du coup, on a décidé que tous les autres prénoms commenceraient par J. 

Etes-vous aussi crédules que les deux hommes qui deviennent aveuglement les sbires de votre personnage ?
Je suis absolument crédule. Vous prenez un certain ton et me racontez n’importe quoi, j’y crois. Un jour, je marche à côté d’une voiture de CRS et mes amis me disent : "Tu sais Marjane, les CRS lisent l’œuvre de Gandhi quand ils sont dans leur fourgon". Moi j’y crois et j’appelle d’autres amis pour leur raconter.

En parallèle de la sortie du film vous exposez vos premières peintures à la galerie Noirmont, à Paris. Vous peignez depuis longtemps ?
Je peins depuis toujours, mais je ne me suis sentie prête à montrer mon travail qu’il y a quelque temps. Faut savoir que je suis très critique envers moi-même et que j’ai détesté plusieurs de mes tableaux sur lesquels je revenais. Mais j’aime peindre parce que ça me calme. Je ne pense à rien et c’est le vide total.

Comme votre personnage, vous dites souvent que vous n’aimez pas que l’on vous demande d’où vous venez. Savez-vous au moins où vous allez ?
(Rires) Si si, j’aime bien que l’on me demande d’où je viens. C'est juste qu'en France, il y a une obsession de l’origine. Enfin, de certaines origines. Cela ne me pose aucun problème que l’on dise que je suis française et iranienne. Mais française d’origine iranienne, c’est gonflant. On ne dit pas que Michel Platini est français d’origine italienne. (Réflexion) Et pour répondre à votre question, je ne sais pas du tout où je vais. Je peux mourir demain, un bus peut me passer dessus. Mais je ne l’espère pas.