Bienvenue à tous, c'est parti.

Trucmuche : Bonjour. Pouvez-nous parler de votre troisième roman : "Métamorphose en bord de ciel"?
Il s'agit de l'histoire du plus mauvais cascadeur du monde qui se retrouve après maintes et maintes blessures dans un hôpital où on lui découvre une maladie incurable... C'est en convoquant ses plus intenses instincts de survie et l'armée de ses songes qu'il parviendra à résister à la maladie dans un premier temps. C'est alors qu'il rencontrera lors de ses pérégrinations nocturnes, une créature mi-femme mi-oiseau qui lui proposera une sorte de deal entre le pacte faustien et le mariage sauvage : je peux vous transformer en oiseau, ce qui vous sauverait, mais il y aura des conséquences : perte de l'humanité ou d'une certaine partie de celle-ci... Mémoire ? Parole ? Qui sait et le grand risque joyeux : devenir père (car la transmission s'opère à travers l'acte d'amour).

Lotira : Composer de la musique ou écrire... est-ce un procédé de création similaire ? Certaines choses ne peuvent-elles se dire qu'en musique et inversement ?
La sensibilité est la même, mais ce n'est pas le même outil. Ecrire un livre demande une endurance de marathonien, on doit être suffisamment amoureux de ses idées pour savoir les défendre et les porter au long court, tout en ayant l'humilité d'accepter de revenir dessus. Pour une chanson, c'est la même chose, mais on a la chance de pouvoir ré-écouter 3 ou 4 minutes de musique et pointer ce qui nous plait et ce qui nous plait moins. Pour le livre, dès qu'on a passé les 30 premières pages, on doit développer une intuition, une sensation de ce qu'on vient d'écrire sans revenir dessus pour continuer. Il faut "quitter le bord de mer", s'engager en plein océan, quitte à se perdre par moments.

Sauceur : Salut Mathias, je ne peux m'empêcher en lisant ton livre de penser que c'est autobiographique (pleins d'images et sous-entendus me font penser que c'est le cas) ... vas-tu dans un futur proche devenir un oiseau ?
Ce livre est éminemment autobiographique sur le plan émotionnel. Je n'y raconte pas ma vie au sens propre, mais l'histoire est solidement ancrée dans mes rêves et les peurs les plus fortes, à la limite du réel et de l'imaginaire."Le bord de ciel" c'est cet endroit impalpable où le rêve et la réalité se mélangent, se connectent.

Psyhic : Bonjour, merci tout d'abord pour votre showcase à la Fnac qui était génial ! Ensuite pouvez-vous donner plus d'infos sur le film d'animation "La mécanique du coeur" ?
Merci! Je prends beaucoup de plaisir à lire, jouer et interpréter ce petit spectacle sans filets au tour de la métamorphose... C'est une sorte de boucle, c'est comme si je réalisais en vrai le spectacle de Tom cloudman au début du livre... Le film est en pleine fabrication, les voix sont enregistrées (les mêmes que le disque- Alain Bashung y compris (on a gardé seulement la chanson de Jack l'éventreur, pas le dialogue). Tous les personnages et presque tous les décors sont modélisés, il nous reste une grosse année de travail encore pour terminer l'animation, les textures et le son... Il y aura en plus de l'album quelques thèmes et scores venus notamment du travail effectué en tournée acoustique... C'est très enrichissant comme expérience. Sortie le 19 octobre 2012.

Luc89 : Ca dit quoi pour vous la métamorphose ? Un déploiement que chacun à à vire ? La mue nécessaire de l'enfant à l'homme ?
"Get back to where you once belong" disait les Beatles. La métamorphose pour moi, c'est assumer sa nature de matière mouvante, c'est prendre des risques, se laisser aller à l'aventure, la surprise, la rencontre, la curiosité gourmande, l'acuité aux situations folles et l'exercice le plus périlleux et le plus passionnant, c'est de se transformer en soi-même, c'est à dire ne pas se perdre, rester fidèle à une certaine éthique tout se mélangeant à la sensation d'inconnu vecteur de nouveauté. C'est souvent casse gueule, mais cela produit un flux de vie très puissant. La mue nécessaire entre l'homme et l'enfant se fait, mais si elle se fait dans ce cadre là, l'enfant n'est pas abimé, il reste à l'intérieur et sort du bois quand l'adulte en a besoin.

Chaussette : Le plus mauvais cascadeur du siècle, c'est un peu vous en concert non ?
Un peu oui... mais l'intérêt d'écrire un livre, c'est de pouvoir exacerber les tempéraments, exagérer les situations pour créer du contraste, de la tension dramatique. Alors, je pars d'une matière première émotionnelle et du vécu que je connais et qui me tiens à coeur, mais ensuite je travaille à le transformer en récit.

Joke : En attendant le film de la Mécanique du coeur, un nouvel album de Dionysos est-il prévu ?
Nous y travaillons en effet... La logistique est pas évidente car tout le monde fait plein de trucs super un peu partout: Rico et Stephan sont en tournée avec leur super groupe Corléone, Babet défend son très beau disque et commence une carrière au théâtre en tant que Wendy dans Peter Pan (la classe), Mike travaille sur le son du film, Guy a une projet solo et moi-même, en plus de défendre les métamorphose en Fnac et promo, je continue la réalisation du film... Mais du coup, quand on se voit dans notre petit local valentinois, l'envie et l'urgence sont au rendez-vous... On fait l'album avec une envie forte... D'ailleurs, on a repris 2043 de Bashung qui sortira le 26 avril à l'occasion d'une compilation autour de ce grand bonhomme.

Rene : Est-ce vous qui avez choisi les illustrateurs pour la version de luxe ? Selon quels critères ?
Par gout! avant tout par gout et par envie. Sans intellectualisme ou charte de style, juste de façon ludique, comme on choisirait des gâteaux dans une pâtisserie. Aussi grâce à Isa de la galerie qui m'en a fait découvrir et avec qui nous avons longuement collaboré, je vous recommande chaudement l'expo galerie L'art de rien au 46 rue d'Orsel dans le 18e, voir les oeuvres en vrai est une expérience surprenante, qu'on ait lu le livre ou pas.

Ham : Qu'est-ce qui nourri votre univers fantasmagorique ?
Les rencontres : amis, familles, familles parallèles (le groupe), amis télépathiques (les lecteurs, les gens qui écoutent nos disques et/ou viennent au concerts), les films, les livres, les disques, les voyages, les situations folles, l'intensité des rêves, l'intensité des peurs et la tension positive qui se créé parfois entre les deux.

Isola : Bonjour. Bien sûr on va laisser le temps à ce nouveau bébé de faire son chemin, mais est-ce que vous avez déjà une idée pour votre prochain livre?
J'ai des embryons qui qui commencent à pousser dans mes carnets... Pour l'instant j'essaie de me focaliser sur les chansons et le film pour ne pas devenir complètement fou, mais je le suis déjà un peu parfois, je me laisse aller à imaginer des choses...

Amenita : C'est une catharsis pour vous d'écrire sur la maladie ?
Oui. C'est un mélange entre un deuil impossible à résoudre entièrement et la peur panique de devoir arrêter la grande course aux rêves pour devoir revêtir un pyjama d'hôpital en trainant une perfusion comme un boulet.

Isola : Est-ce qu'il y aura un album pour accompagner "Métamorphose en bord de ciel", comme les précédents livres?
Nous n'allons pas nous mettre à faire des "recettes"... aussi, pas de mécanique du coeur N2 avec chronologie, personnages invités... Nous avons adoré travaillé de cette façon et nous continuons de le faire avec le film de la Mécanique du coeur, mais pour le prochain album, nous nous devons de continuons à inventer des formes nouvelles et spontanées, il y aura des chansons électrons libres à nouveau mais aussi quelques connections tout de même à ces métamorphoses en bord de ciel qui me tiennent tant à coeur... Dreamoscope... Michel Platini sont des tuyaux créateurs...

Joke : L' "encielment" de Tom Cloudman … Voulez-vous dire par la, que la vie continue quand même, même après avoir été éloigné définitivement des siens ou est-ce moi qui voit des signes partout ?
Il s'agit d'une vision quasi mexicaine du rapport à la mort. Une célébration, une joie enragée qui sublime la mélancolie, la transforme en élan... Je ne sais pas si c'est possible dans nos contrées occidentales, mais je suis assez fasciné, rassuré peut-être par ce rapport joyeux au "départ".

Un dernier mot Mathias Malzieu ?
Merci beaucoup pour toutes vos questions pleines d'attentions, j'espère vous avoir répondu au mieux, malgré mes "frootes de frappes". Bienvenue à la Fnac de Rennes pour certains et certaines demain et un peu partout pour les autres.
Merci beaucoup et à bientôt! Mathias