Le capot ressemble à la gueule d’un monstre qui n’aspire qu’à mastiquer de l’humain. Les portières, comme des poings rangés, trépignent à l’idée de distribuer de féroces gnons. A l’intérieur, labourant Paris comme une ombre maléfique, siège un chauffeur qui partage le génome d’une armoire à glace. Il n’a pas de nom, pas de voix et son visage est dissimulé par l’ombre qu’impose une casquette bien vissée. Le méchant de Night Fare, le nouveau long métrage de Julien Seri, maudit les entourloupes. Le voilà donc servi quand deux jeunes éméchés le plantent en pleine nuit au moment de payer leur course.

De l’ambition et de la déception

C’est sur ce point de départ original que s’articule le scénario de ce vigilante globalement congestionné par sa propre testostérone. Ici, chaque parcelle de l’histoire converge vers une vengeance conduite avec la fureur impassible du bourreau en question. Au rythme de sa croisade d’auto-justice, Seri dissémine quelques bonnes idées de mise en scène et s’amuse, avec une sincérité non feinte, à manipuler joyeusement les codes d’un genre qu’il adore et qu’il s’échine louablement à défendre – chose ardue en France.

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Si la forme très graphique de son récit excuse en partie les nombreuses invraisemblances du script – mention spéciale pour le GPS extraterrestre du chauffeur, capable de retrouver une aiguille dans une botte de foin –, sa conclusion pose de sérieux problèmes moraux, notamment après le déluge de violence qui l’a précédée. En creusant plus leurs personnages et en évitant d’emprunter une telle bretelle finale, les scénaristes auraient pu faire de cette œuvre une sympathique réussite. Ce n’est hélas pas le cas malgré leur désarmante bonne volonté.

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