La couverture est sombre. Une photo prise la nuit dans Paris. Un pont. Un homme de dos, une capuche sur la tête et un sac sur l’épaule. Un meurtre au début du livre. Des flics qui enquêtent. Un médecin qui veut connaître les raisons de ce crime et qui se lance à la recherche de la vérité. A priori, tous les ingrédients d’un bon polar. Pourtant, Nous traverserons ensemble, de Denis Lemasson n’en est pas un d’après sa maison d’édition (Plon). Du moins pas au sens strict du terme. 

► C’est qui ?
Denis Lemasson. Ce nom vous dira peut-être quelque chose si vous suivez assidument les affaires criminelles et les émissions comme "Faites entrer l’accusé". Il n’est pas question ici de celui qui a été surnommé "le comptable machiavélique" (auteur de trois assassinats au début des années 2000), mais bel et bien d’un écrivain un peu particulier. Médecin de formation, il a œuvré durant neuf ans au sein de Médecins sans frontières, notamment en Afghanistan et sur d’autres terrains d’opérations. Un docteur qui a toujours aimé les livres, au point d’en faire sa thèse… Avec un sujet original : l’apport de la littérature à la médecine. Après ses années dans l’humanitaire, il ressent le besoin de se fixer. Il ouvre un cabinet de médecine générale dans Paris. Il y consulte une semaine sur deux. Et consacre le reste de son temps à l’écriture. Il a déjà publié un roman, Les routes fantômes, en 2004 (Folies d’encre). Un médecin écrivain en passe, s’il continue ainsi, de devenir un écrivain médecin.

► Ça parle de quoi ?
Zaher est un jeune réfugié afghan. Il survit comme il peut dans un parc à Paris. C’est là qu’il va mourir, poignardé, sous les yeux de Luc. Ce médecin qui habite le quartier va tout faire pour le ranimer, en vain. Ce drame le secoue, lui fait ouvrir les yeux lui qui ne les voyaient pas, tous ces exilés de force squatter le parc où il emmène sa fille régulièrement. Plusieurs questions le taraudent : pourquoi Zaher a-t-il été tué ? Et qui était-il ? Qui sont ses compagnons d’infortune ? Ceux qu’on ne voit plus ? Luc va tenter de reconstituer l’histoire de Zaher. Ee retrouver plongé dans le monde des invisibles, celui des réfugiés. Il va les rencontrer, apprendre à les connaitre, écouter leurs histoires. Celle de ce gamin de Kaboul, celle encore de ce traducteur afghan pour l’armée américaine. Tous vont lui raconter leur stupéfiante odyssée pour rejoindre Paris. Les passeurs. Les arnaques. Les flics. Les coups. Puis, la délivrance pensent-ils en mettant les pieds en France...

► Pourquoi on aime ?
Denis Lemasson est un formidable conteur. Il parvient, malgré un sujet difficile, à distiller des instants de poésie dans son roman, tout en ouvrant les yeux du lecteur sur une situation bien concrète, dure et scandaleuse. Un meurtre. Des réfugiés. Un médecin qui mène l’enquête. Avec Nous traverserons ensemble, il nous fait aussi voyager, et pas en première classe, il nous montre la réalité bien en face, il nous tend un miroir dans lequel on a parfois du mal à se regarder. Le style est fluide, les dialogues efficaces et, malgré les nombreux personnages qui jalonnent les pages, Denis Lemasson nous tient en haleine. La construction du roman, qui alterne les voix et les narrateurs, pourraient en effrayer certains, mais elle est parfaitement maîtrisée et adaptée au sujet. Bref, une lecture plus que recommandable, par un auteur à suivre de près.

Nous traverserons ensemble, de Denis Lemasson. Éditions Plon, coll. Plon Roman, 395 pages, 20 € 

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