Des lecteurs beaucoup plus nombreux
Avant les attentats du 7 janvier 2015, les lecteurs de Charlie Hebdo s'étaient réduits comme peau de chagrin. La diffusion du journal satirique était ainsi tombée à 30 000 exemplaires hebdomadaires. Bénéficiant d'un extraordinaire élan de solidarité, le numéro des survivants, sorti le 14 janvier, avait été acheté par 7,5 millions de personnes. Aujourd'hui, 183 000 fidèles sont abonnés au titre alors qu'en kiosque les ventes s'établissent autour de 80 000 exemplaires chaque semaine. Le numéro anniversaire, sorti ce mercredi 6 janvier, a, lui, été tiré à 1 million d'exemplaires.

Une manne financière
La situation financière de Charlie Hebdo n'a jamais été aussi bonne. En novembre 2014, l'hebdomadaire était au bord de la faillite et lançait un appel aux dons pour poursuivre ses activités. Aujourd'hui, les caisses sont pleines. Grâce aux ventes exceptionnelles, Charlie Hebdo affiche 20 millions d'euros de bénéfice pour 2015. Quant aux 4 millions d'euros reçus spontanément après la tuerie, ils ont été reversés aux victimes des attentats.

Une ligne éditoriale inchangée
Si la maquette a été un peu dépoussiérée, la ligne éditoriale irrévérencieuse, elle, n'a pas bougé. Au fil des seize pages, on retrouve toujours ces dessins à l'humour très grinçant qui ne peuvent pas faire l'unanimité. C'est, par exemple, le cas de celui paru en septembre dernier sur lequel on voit le cadavre du petit Aylan sous un panneau McDo avec cette légende ''Si près du but''. La Une du numéro anniversaire avec un Dieu à la robe tachée de sang et ces mots ''L'assassin court toujours'' divise tout autant. "Pas question d'autocensure, sinon cela signifierait qu'ils ont gagné. Si l'actualité nous amenait à redessiner Mahomet, on le ferait", a, pour sa part, proclamé Eric Portheault, le directeur financier.

Une équipe très réduite
Parmi les morts du 7 janvier 2015 : Cabu, Wolinski, Charb, Tignous et Honoré, des dessinateurs de talent que Charlie Hebdo peine à remplacer. En plus d'être directeur de la rédaction, Riss assure désormais les fonctions de directeur de la publication à la place de Charb tandis que Catherine Meurisse a succédé à Cabu comme directrice artistique. Si des dessinateurs comme Pétillon et Ali Dilem sont déjà venus prêter main forte, Charlie Hebdo n'arrive pas à recruter de nouveaux collaborateurs de façon pérenne et le départ de Luz en septembre dernier n'a rien arrangé.

De nouveaux locaux ultra sécurisés
Après le drame, la rédaction a trouvé refuge chez Libération. Il y a quelques mois, elle a intégré de nouveaux locaux ultra sécurisés situés dans le XIIIe arrondissement et dont l'adresse précise reste secrète. Baptisés ''Fort Knox'', ces bureaux ne font pas l'unanimité. ''L’ambiance, sous protection policière, est trop pesante pour trouver des gags'', a ainsi raconté à Libération Willem qui préfère dessiner de chez lui. ''Les conditions de sécurité à Charlie, probablement nécessaires, restent insupportables'', a également estimé Laurent Léger à l'AFP tandis que Catherine Meurisse a choisi de travailler pour l'instant depuis l'étranger.

Des tensions internes
Depuis les attentats, Laurent Sourisseau, alias Riss, est devenu le principal propriétaire de Charlie Hebdo avec 70% des actions contre 30% pour Eric Portheault. Les deux hommes possédaient auparavant respectivement 40% et 20%, le reste appartenant aux parents de Charb. "Beaucoup d’argent et de pouvoir sont concentrés entre très peu de mains (…) J’ai de l’amertume, car je me dis que c’est extrêmement décevant de se dire que Charlie Hebdo continue à être une entreprise plus capitaliste que jamais'', a dénoncé sur France Inter Zineb El Rhazoui, une des journalistes de Charlie. "Je regrette que la refondation de Charlie n'ait pu avoir lieu : en la refusant, ses propriétaires ont raté une chance historique de recréer un journal participatif, doté d'un esprit d'équipe et accessible à tous", a également estimé Laurent Léger. Ces dissensions sont minimisées par le rédacteur en chef Gérard Biard : ''il y a toujours eu des engueulades chez nous. Mais, aujourd’hui, dès qu’une mouche pète dans les locaux de Charlie, 300 micros se tendent et 45 nez pour sentir''.

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