"Trop belle, trop moche, trop belle…" Les petites visiteuses de l'expo Barbie sont d'impitoyables critiques. Elles ont de quoi s'affûter l'œil : une collection considérable de poupées remplit deux étages du musée des Arts décoratifs, du sol au plafond, et la garde-robe déployée étourdirait Anna Wintour. Eblouissante, cette expo pour tous les âges, puisque sa première qualité est de présenter la puissance du marketing Barbie. Pendant que les enfants admirent les jouets, les adultes assistent à la construction de l'empire Mattel, avec tous ses appâts commerciaux pour séduire les consommatrices depuis un demi-siècle.

Barbie, un empire marketing rondement mené

Lorsque Ruth Handler lance la première Barbie, en 1959, c'est une révolution : jusqu'ici, sa fille (Barbara) et ses amies ne pouvaient que materner de gros poupons (eux aussi exposés). Les petites filles ont vite préféré cette poupée taille mannequin pour projeter la femme qu'elles rêvent d'être, selon l'argument de l'époque. La toute première Barbie surprend avec son maillot de bain zébré, mais l'affaire était lancée : plus d'un milliard d'exemplaires a été écoulé, et une poupée se vend encore toutes les trois secondes dans le monde.

Un miroir de l'émancipation de la femme

Les petites filles ont vite accessoirisé leur Barbie avec tous les vêtements possibles, qui couvrent les murs de la dernière salle, pour qu'elles puissent embrasser toutes les carrières, de la classique vétérinaire à l'ambitieuse astronaute en passant par la paléontologue et la candidate à la présidence américaine. C'est la salle préférée des adultes qui tentent de retrouver leur double de plastique, et les selfies crépitent. En-dehors des modes, des modèles avec d'autres couleurs de peau et d'autres silhouettes ont été régulièrement lancés, mais c'est le modèle classique, blanc, maigrichon et à forte poitrine, qui continue d'être le plus vendu.

Une icône pour les créateurs et la pop culture d'aujourd'hui

Andy Warhol, qui a tiré le portrait de toutes les icônes de son époque, n'a pas oublié Barbie. Son tableau magnifique côtoie ceux d'artistes contemporains qui détourné le petit monde rose bonbon de Barbie, avec une ironie qui parlera moins aux petites visiteuses sus-citées. Mais tous les publics se retrouvent devant les créations exclusives de Karl Lagerfeld, Jean Paul Gaultier, Louboutin et bien d'autres, ainsi que devant les éditions limitées inspirées par la culture pop (Madonna, X Files, Star Trek…). Mais au fait, et Ken dans tout ça ? Sachez qu'il a eu des coupes de cheveux désastreuses, que Barbie l'a quitté pour un surfeur australien, Blaine, mais qu'ils se sont rabibochés depuis. Pour que Ken devienne le miroir de l'émancipation de l'homme, il faudra attendre encore un peu.

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